Cinéma taxé à 100 % : vers un séisme dans la balance commerciale culturelle ?

Donald Trump présente sa taxe comme une manœuvre de protection industrielle. Mais le coût de cette protection risque d’être exorbitant.

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Cinémas et théâtres encaissent difficilement le nouveau confinement
Cinéma taxé à 100 % : vers un séisme dans la balance commerciale culturelle ? © www.nlto.fr

Le 4 mai 2025, Donald Trump a annoncé, via son réseau Truth Social, l’imposition immédiate de droits de douane de 100 % sur tous les films produits à l’étranger. Une déclaration aussi fracassante que calculée, dans laquelle l’ancien président affirme vouloir « sauver une industrie américaine en train de mourir ». Le Président des Etats-Unis a évoqué un « effort concerté de la part d’autres nations » visant à déstabiliser Hollywood, justifiant ainsi la mesure par une question de « sécurité nationale ».

La réalité est brutale : une taxe de cette ampleur n’avait jamais été appliquée sur un produit culturel dans l’histoire récente des États-Unis. Selon des données de The Guardian et Reuters, cette décision pourrait bloquer l’importation de plus de 280 films par an sur le territoire américain, générant un effet domino sur la chaîne économique : distributeurs, plateformes, exploitants, festivals, et même exportateurs de technologies audiovisuelles.

Hollywood protégé… mais la culture sacrifiée

Donald Trump présente sa taxe comme une manœuvre de protection industrielle. Mais le coût de cette protection risque d’être exorbitant. Le marché américain du cinéma, qui génère environ 9,2 milliards d’euros par an de recettes de box-office, dépend largement des coproductions internationales et de l’importation de films étrangers à succès — comme les œuvres sud-coréennes, françaises ou indiennes, qui ont percé ces dernières années.

En bloquant ces contenus ou en doublant leur coût, la taxe crée une distorsion immédiate. D’un côté, les distributeurs américains devront payer plus pour acquérir les droits d’exploitation. De l’autre, les producteurs étrangers devront renoncer à ce marché ou réduire drastiquement leurs marges. Pour l’économiste Sarah Nolan, interrogée par Le Monde, « le choc tarifaire agira comme une barrière non seulement économique mais symbolique ». Elle prévient d’un possible recul de la diversité culturelle et d’un repli protectionniste des flux commerciaux.

Une balance commerciale culturelle menacée

Selon les données fournies par le Bureau of Economic Analysis en 2024, les importations de contenus culturels aux États-Unis représentaient plus de 1,8 milliard d’euros. Le cinéma étranger, tout particulièrement, s’intègre dans une balance culturelle largement excédentaire pour Washington grâce aux exportations massives de productions hollywoodiennes.

Mais avec cette surtaxe, la logique de réciprocité pourrait être rompue. Déjà, plusieurs pays européens, dont l’Allemagne et la France, réfléchissent à la mise en place de contre-mesures, ciblant potentiellement les films américains, les séries diffusées en ligne ou les plateformes elles-mêmes. Une guerre commerciale culturelle ? C’est désormais une hypothèse sérieuse.

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