Clubs d’un autre âge : quand le Jockey Club et l’Automobile Club de France perpétuent la misogynie mondaine

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Chatgpt Image 10 Nov. 2025 à 13 50 20
Clubs d’un autre âge : quand le Jockey Club et l’Automobile Club de France perpétuent la misogynie mondaine © www.nlto.fr

Dans le cœur du Paris le plus feutré, derrière les façades dorées de la place de la Concorde et de la rue Rabelais, se cachent deux institutions qui semblent figées dans un autre siècle : le Jockey Club de Paris et l’Automobile Club de France. Deux bastions du pouvoir mondain où l’élégance se conjugue toujours… au masculin. Car en 2025, les femmes y demeurent des invitées tolérées, jamais des membres à part entière.

Fondés au XIXe siècle, ces cercles furent conçus comme des refuges de « gentlemen », c’est-à-dire d’hommes d’influence issus de la noblesse, de l’armée ou des grandes affaires. À l’époque, la présence féminine y aurait sans doute semblé incongrue. Mais aujourd’hui ? Aujourd’hui, alors que les femmes président des conseils d’administration, dirigent des rédactions, des ministères ou des entreprises du CAC 40, il est sidérant de constater que certaines des institutions les plus prestigieuses de la capitale leur ferment toujours leurs portes. À l’Automobile Club de France, nul besoin de tourner longtemps autour du pot : l’adhésion féminine est purement interdite. Seuls les hommes peuvent devenir membres, les femmes n’y ayant accès qu’en tant qu’invitées ou compagnes. Même logique au Jockey Club, temple de la tradition hippique et mondaine : non seulement les femmes ne peuvent pas en être membres, mais certaines salles leur sont encore interdites. Une situation qui confine à l’absurde. Dans une société qui prône l’égalité entre les sexes, ce type d’exclusion ne relève plus du folklore mais d’un anachronisme consternant. On se croirait revenu à une époque où les privilèges s’exprimaient en termes de genre, où l’on séparait les hommes et les femmes comme on séparait jadis les Noirs et les Blancs dans les bus du sud des États-Unis. La comparaison choque ? Elle est pourtant éclairante : dans les deux cas, on hiérarchise des êtres humains selon des critères biologiques ou sociaux, et non selon leur valeur ou leur mérite. Car c’est bien là le cœur du problème : ces clubs ne distinguent pas entre individus selon leur parcours, leur influence ou leur apport intellectuel, mais selon leur sexe. Comme si la posture sociale, celle d’un individu cultivé, influent, élégant, cultivant un art de vivre et un sens de la responsabilité, devait dépendre d’un chromosome. C’est tout le contraire du raffinement dont ces lieux se réclament. D’autant que d’autres institutions, tout aussi prestigieuses, ont compris l’enjeu. Le Cercle de l’Union Interalliée, lui, a depuis longtemps ouvert ses portes aux femmes, sans que la tradition en souffre. De plus, le Jockey Club entretient une forme d’exclusion supplémentaire, presque caricaturale : il continue de se référer aux titres et aux lignées de l’Ancien Régime, comme si le passé garantissait l’avenir. Résultat : son recrutement est souvent médiocre comparé à d’autres cercles, qui ont su conjuguer exigence et ouverture.

Dans un monde où les symboles comptent autant que les actes, la fermeture obstinée du Jockey Club et notamment de l’Automobile Club de France ressemble à une crispation identitaire, un réflexe d’un autre âge. On peut laisser ces clubs continuer de s’enorgueillir d’être des cercles d’exception, mais à force d’exclure la moitié de l’humanité, ils sont en train de devenir l’exception ridicule d’un monde qui a changé sans eux.

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