Publié le 4 décembre 2025, le rapport annuel d’UBS dresse un constat clair : l’héritage est devenu un moteur déterminant dans l’ascension vers le statut de milliardaire. L’étude révèle une vague mondiale de transmissions sans précédent, qui matérialise une rupture économique majeure. La France apparaît au cœur de cette transformation, puisque le pays devrait compter l’un des volumes les plus élevés d’héritiers extrêmement fortunés dans les prochaines années. Dans un contexte où les débats sur la fiscalité et la concentration des patrimoines s’intensifient, cette montée en puissance interpelle.
L’héritage devient un accélérateur mondial de fortunes
Un nombre record de nouveaux milliardaires issus de l’héritage
Selon UBS, 91 personnes sont devenues milliardaires en 2025 grâce à un héritage, un chiffre confirmé par BFMTV. Ce volume, inédit, traduit une recomposition profonde de la richesse mondiale. La tendance ne se limite pas à une simple évolution statistique ; elle reflète une dynamique structurelle, puisque l’étude montre une hausse de plus d’un tiers du nombre d’héritiers milliardaires par rapport à 2024, d’après Les Échos. Cette accélération intervient alors que la transmission patrimoniale atteint des niveaux jamais observés jusqu’ici.
Le montant global reçu par ces nouveaux milliardaires illustre l’ampleur du phénomène. Toujours selon Les Échos, les 91 héritiers ont perçu l’équivalent de 298 milliards de dollars, soit environ 276 milliards d’euros. Cette somme représente, à elle seule, davantage que le PIB annuel de plusieurs pays européens de taille moyenne. « Ces héritiers sont la preuve d’un transfert de richesse pluriannuel qui s’intensifie », a déclaré Benjamin Cavalli, responsable de la gestion de fortune chez UBS, dans des propos rapportés par Reuters.
Des transmissions colossales annoncées pour la décennie à venir
Le rapport UBS ne se limite pas au décompte annuel. Il projette également une tendance lourde : au niveau mondial, près de 5,9 trillions de dollars – soit plus de 5 500 milliards d’euros – devraient être transmis à des héritiers milliardaires au cours des quinze prochaines années, selon Reuters. Un tel volume annonce une redistribution interne aux plus grandes fortunes, loin d’un élargissement général du patrimoine mondial. Cette projection renforce l’idée que l’héritage devient désormais un facteur dominant dans la reproduction des élites financières.
Cette massification de l’héritage intervient dans un contexte de vieillissement des détenteurs de grandes fortunes, dont beaucoup sont issus de la génération ayant profité de la mondialisation et des cycles boursiers exceptionnels des années 1980 à 2000. De fait, la transmission de capitaux dépasse largement les flux liés à l’entrepreneuriat ou aux marchés financiers. Alors que la mobilité sociale reste limitée, cette concentration évolue rapidement, ce qui oblige les États à réfléchir aux politiques fiscales liées à la succession. Ainsi, l’étude d’UBS met en lumière des enjeux cruciaux pour les économies développées, où le rôle de l’héritage n’a jamais été aussi décisif.
La France, futur centre européen des héritiers milliardaires
Un pays en passe de devenir le troisième vivier mondial
L’analyse révèle un point particulièrement notable : la France deviendra le troisième pays au monde accueillant le plus grand nombre d’héritiers milliardaires dans les prochaines années, selon l’étude. Cette projection place l’Hexagone juste derrière deux géants économiques, confirmant que la dynamique française de concentration patrimoniale se distingue nettement. Cette tendance, alimentée par un tissu entrepreneurial dense, des fortunes historiques et des actifs immobiliers valorisés, confirme que l’héritage joue aujourd’hui un rôle central dans la formation des fortunes extrêmes.
Cette perspective s’explique notamment par la structure démographique des grandes fortunes françaises. Au fil des décennies, la France a vu émerger un nombre important de groupes familiaux puissants, actifs dans des secteurs variés comme le luxe, la finance, l’énergie ou l’agroalimentaire. Comme ces empires entrent dans une phase de transmission générationnelle, l’émergence d’un nouveau contingent de milliardaires issus de l’héritage apparaît logique. Toutefois, cette évolution pose également la question de la concentration économique et de son impact sur la compétitivité du pays, dans un contexte où les marchés évoluent rapidement.
Une fiscalité particulière face à un enjeu colossal
La France se singularise aussi par une fiscalité sur l’héritage plus stricte que celle de nombreux pays concurrents. Ce cadre légal pourrait, de manière paradoxale, encourager une anticipation accrue des transmissions, notamment au sein des grandes familles industrielles. Alors que l’étude UBS insiste sur l’intensification du transfert de richesses, les spécialistes de la fiscalité française observent que les stratégies de transmission se complexifient et deviennent un segment essentiel du conseil patrimonial. Cette situation illustre combien l’héritage occupe une place décisive dans les arbitrages économiques des plus grandes fortunes françaises, tout en consolidant le rôle du pays dans la géopolitique du patrimoine mondial.
Dans le même temps, cette projection soulève un enjeu d’équité économique. En effet, l’apparition d’un nombre croissant de milliardaires héritiers peut renforcer l’écart entre les détenteurs de patrimoine et le reste de la population. Toutefois, cette évolution n’est pas propre à la France ; elle s’inscrit dans une tendance globale, mise en lumière par UBS, où la reproduction des élites financières s’accélère sous l’effet de transmissions toujours plus massives. Dans cette perspective, la France devient un observatoire privilégié des transformations économiques à venir, tant les montants en jeu recèlent un potentiel d’influence majeur sur les investissements, les marchés et la gouvernance d’entreprise.
L’héritage, moteur d’une transformation globale du capital
Un changement profond dans la création des fortunes extrêmes
L’étude UBS souligne que le modèle traditionnel du milliardaire « self-made » s’efface progressivement au profit du milliardaire héritier. Cette évolution ne traduit pas seulement un changement générationnel, mais une reconfiguration globale du capital. En recevant près de 276 milliards d’euros en une seule année, les héritiers milliardaires modifient durablement la structure des investissements internationaux. Ainsi, l’héritage ne constitue plus uniquement un mécanisme de transmission familiale ; il devient un élément stratégique dans la réorganisation des flux de capitaux. Le responsable de la gestion de fortune de UBS rappelait ainsi que ce mouvement « s’intensifie », confirmant l’ampleur du bouleversement.
Cette transformation implique aussi une concentration patrimoniale dans les zones géographiques où les grandes fortunes se sont construites. De ce fait, les pays historiquement riches, dont la France, voient mécaniquement leur nombre de milliardaires issus de l’héritage augmenter. Ce phénomène entraîne une redistribution interne des actifs, sans pour autant se traduire par une expansion du nombre global d’entrepreneurs très fortunés. Dans ce contexte, la question centrale n’est plus tant la création de richesse que sa transmission, un glissement que les économistes considèrent comme structurant pour les prochaines décennies.
Un impact croissant sur les économies nationales
En projetant plus de 5 500 milliards d’euros de transmissions dans les quinze prochaines années, UBS met en évidence un enjeu économique considérable. Ces flux représentent l’équivalent de plusieurs années de croissance mondiale cumulée. Pour les États, en particulier pour la France, cette situation soulève des défis cruciaux : réguler sans entraver, taxer sans faire fuir, protéger sans freiner l’investissement. Alors que les débats sur la taxation de l’héritage ressurgissent régulièrement, la perspective d’un accroissement rapide du nombre de milliardaires héritiers risque d’intensifier la pression politique et sociale autour de ces questions.
Dans cette nouvelle configuration, la capacité des systèmes fiscaux à absorber ces flux deviendra un élément déterminant. Il ne s’agit pas seulement d’encadrer la transmission, mais aussi de garantir que ces montants colossaux restent, au moins en partie, réinjectés dans l’économie réelle. Pour la France, qui s’apprête à devenir l’un des principaux foyers d’héritiers extrêmement fortunés, l’enjeu est double : préserver l’attractivité du territoire tout en favorisant une répartition équilibrée des richesses. Le rapport UBS agit comme un signal : la prochaine décennie s’annonce décisive.








