Pendant plus d’une décennie, une même galaxie de plateformes de streaming illégal francophones a réussi à survivre aux blocages techniques, aux migrations de domaines et aux transformations du marché numérique. Derrière les noms HDS, Mflix, EOS puis Vodi, c’est moins une succession de sites qu’une continuité fonctionnelle qui se dessine. Enquête sur une disparition progressive qui s’achève entre 2024 et 2025, sans coup de filet spectaculaire mais sous l’effet d’un étouffement juridique et technique.
HDS, l’âge d’or d’un portail pirate centralisé
Jusqu’en 2018, HDS.to figure parmi les principaux sites de streaming illégal francophones, proposant un catalogue très large et une interface structurée comparable à des plateformes légales. En novembre 2018, le site affiche un message d’adieu remerciant les utilisateurs et annonçant sa fermeture définitive sans fournir d’explication publique. Cette disparition intervient alors que la pression juridique contre les sites pirates se renforce en Europe, mais aucune décision judiciaire explicitement dirigée contre HDS n’est rendue publique au moment de sa fermeture, ce qui laisse l’impression d’un arrêt volontaire plutôt que d’une fermeture imposée.
La reconstitution du réseau sous d’autres noms
Après 2018, l’écosystème du streaming pirate francophone ne disparaît pas mais se recompose. Plusieurs plateformes prennent le relais, dont Mflix puis EOS, qui proposent des catalogues similaires et visent le même public. Des guides techniques et sites d’assistance indiquent explicitement qu’EOS reprend le relais de services auparavant assurés par Mflix et HDS, établissant une continuité fonctionnelle même si l’identité des opérateurs reste inconnue. EOS devient ainsi un portail majeur du streaming francophone non autorisé au début des années 2020.
2021, le tournant judiciaire
Le 16 janvier 2021, l’accès à EOS est bloqué en France à la suite d’une décision judiciaire rendue dans le cadre de la lutte contre la contrefaçon numérique. Cette procédure s’appuie sur l’article L.336-2 du Code de la propriété intellectuelle, permettant au tribunal d’ordonner aux fournisseurs d’accès internet de bloquer l’accès à un service portant atteinte au droit d’auteur. Le site n’est pas techniquement détruit mais sa visibilité chute fortement, tandis que les inscriptions deviennent progressivement impossibles et que l’accès se limite aux comptes existants.
L’étouffement progressif par la stratégie de blocage dynamique
Entre 2022 et 2025, la politique française contre le piratage évolue vers un modèle d’étouffement progressif. L’ARCOM et les ayants droit obtiennent des décisions permettant d’étendre les blocages aux sites miroirs et aux nouveaux domaines, réduisant progressivement l’audience et la rentabilité des plateformes pirates. Cette stratégie vise moins à arrêter des administrateurs qu’à rendre les services techniquement instables et économiquement non viables, en coupant l’accès, les revenus publicitaires et les canaux de distribution.
Vodi, une succession tardive dans un environnement hostile
À partir de 2023 apparaît le nom Vodi, présenté par le service lui-même comme venant après EOS, lequel avait succédé à Mflix. Cette revendication établit une continuité fonctionnelle mais ne permet pas d’identifier les opérateurs. Contrairement à ses prédécesseurs, Vodi adopte une architecture plus diffuse et une communication plus prudente, s’apparentant davantage à un service d’accès qu’à un portail centralisé. À la date de 2025, aucune décision judiciaire publiée ne mentionne spécifiquement Vodi, mais le service cesse d’être accessible de manière stable et ne propose plus d’inscriptions, ce qui marque sa disparition effective.
Une disparition sans procès ni coup de filet
Contrairement à l’image classique de la lutte contre le piratage, l’histoire allant de HDS à Vodi ne se conclut pas par une opération spectaculaire ni par des condamnations publiques d’administrateurs. Le réseau disparaît progressivement sous l’effet combiné des blocages judiciaires, des restrictions techniques et de la fragilisation économique du modèle pirate. En 2025, cette galaxie du streaming francophone semble avoir quitté le paysage non pas à la suite d’un événement unique, mais d’un lent processus d’assèchement.
L’histoire de HDS, Mflix, EOS puis Vodi illustre une transformation profonde de la lutte contre le piratage numérique. Plutôt que de viser directement les opérateurs, les autorités ont privilégié une stratégie d’érosion progressive fondée sur les blocages techniques et la neutralisation économique. Cette méthode ne produit pas toujours d’affaires judiciaires spectaculaires, mais elle aboutit souvent au même résultat : la disparition silencieuse des plateformes. En 2025, l’écosystème pirate francophone qui dominait encore le streaming gratuit quelques années plus tôt semble avoir définitivement disparu du paysage visible. Le mystère demeure autour des auteurs du site qui avaient monté une plateforme très professionnelle avec un catalogue impréssionnant.











