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Entre mémoire et transmission : écrire contre l’effacement

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Entre mémoire et transmission : écrire contre l’effacement | www.nlto.fr

Dans Les journalistes se cachent pour pleurer, Nathalie Nagar mêle récit intime et réflexion sur le métier d’informer. Journaliste aguerrie, elle puise dans l’héritage de ses deux grand-mères – l’une ayant fui les nazis, l’autre l’Algérie – pour questionner la mémoire, la transmission et la place des mots dans un monde saturé d’images. À travers ce livre, elle interroge la subjectivité du regard journalistique, la nécessité du doute, et la puissance toujours intacte du verbe.

 

Vous liez votre propre histoire à celle de vos grand-mères, l’une ayant fui les nazis, l’autre l’Algérie. Ce livre s’inscrit-il dans une tradition de mémoire juive ?

Nathalie Nagar : Oui, je pense qu’écrire, comme être journaliste d’ailleurs, c’est très Juif. (Rires). La tradition, la culture, la religion juives, sont faites d’histoires, qu’on raconte, qu’on répète, inlassablement, années après années. Donc raconter, relayer, écrire, transmettre, c’est une chose à laquelle j’ai toujours été éduquée. Les livres, la lecture, l’écriture, ça a toujours été le lien indéfectible qui me ralliait aux générations passées. Je me souviens encore du journal que je faisais mine de lire avec mon grand-père le matin, avant mon entrée en CP, de ces lettres que j’écrivais à ma grand mère pour lui raconter mes prouesses -ou mes désaveux- scolaires, elle qui m’appelait « ma petite Sévigné »… Écrire, lire, raconter, c’est dans l’ADN du peuple du livre, et j’y suis profondément attachée. 


La question de la transmission — ce qu’on dit ou pas à ses enfants — est centrale. Que voulez-vous que vos lecteurs retiennent, au-delà du contexte immédiat ?

NN : L’élément essentiel à mon sens, c’est qu’un journaliste ne rapportera l’actualité qu’avec une partie de lui, de sa sensibilité. Quand on est consommateur donc, il faut savoir l’envisager. Certains médias peuvent être plus distancés que d’autres, certains journalistes peuvent s’avérer plus engagés, certains titres peuvent apparaître plus ou moins orientés. L’essentiel, c’est comment l’info est « consommée ». Loin de moi l’idée de motiver le public à la partialité, je pense juste qu’il faut consommer l’info en conscience, élargir l’éventail de médias auxquels on se réfère, toujours écouter ce qui se dit de tous les côtés, dans toutes les tendances, toutes les « obédiences » pour ne pas rester bloqué sur une pensée unique et donc forcément soumise et partielle.


Vous évoquez souvent l’importance de la langue, du mot juste. Dans un monde saturé d’images, quelle est encore la force du mot écrit ?

NN : Je veux croire que le mot a toujours sa superbe. Dans la bible, il est écrit que le monde a été créé avec la parole. Le mot construit, il définit, il élève au sens noble du terme, il peut aussi détruire, salir, démolir, certains diront déconstruire… ces nouveaux mots qui ne veulent pas parler des vraies réalités…

Couv Nagar 1

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