Le 27 mars 2025, l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) a publié son rapport annuel sur le marché de l’assurance-vie, livrant une photographie détaillée de l’exercice 2024. Dans un contexte d’ajustement des conditions monétaires et de recul progressif des taux des placements sans risque, le rendement moyen des supports euros est resté stable, tandis que les flux d’épargne se sont orientés de manière différenciée selon les typologies de contrats et d’acteurs. Le secteur affiche une performance globale robuste, marquant une inflexion notable par rapport aux exercices précédents.
Assurance-vie : en 2024, une collecte nette redressée et des flux orientés vers les supports dynamiques
En 2024, la collecte nette sur les supports rachetables a atteint 22,8 milliards d’euros, soit son plus haut niveau depuis 2011. Ce redressement s’explique principalement par la croissance des primes brutes (+10,2 %, à 141,8 milliards d’euros) et la baisse concomitante des rachats (-11,1 %, à 75,7 milliards d’euros). L’effet combiné de cette dynamique, conjuguée à une diminution des sinistres (-4 %), a permis de restaurer une tendance positive sur les flux nets.
Les supports en unités de compte (UC) ont confirmé leur rôle moteur avec une collecte nette de 25,5 milliards d’euros, en léger recul par rapport au pic de 2022, mais toujours très supérieur aux standards de la décennie 2010. À l’inverse, les supports en euros, bien que toujours en décollecte (-2,7 milliards d’euros), ont enregistré une nette amélioration (contre -33,4 milliards en 2023), illustrant un regain d’intérêt dans un contexte de normalisation des taux monétaires.
Assurance-vie : des rendements stabilisés sur les fonds euros, soutenus par les réserves de participation aux bénéfices
Selon les données provisoires de l’ACPR, le taux moyen de revalorisation des supports en euros s’est établi à 2,6 % en 2024, au même niveau qu’en 2023. Ce maintien s’est effectué grâce à une mobilisation partielle des provisions pour participation aux bénéfices (PPB), dont le poids relatif dans les provisions globales est passé de 4,5 % à 3,9 % entre 2023 et 2024 (Capital.fr, 27 mars 2025). Ce levier permet aux assureurs de lisser les rendements servis et de maintenir l’attractivité des supports à capital garanti face à la baisse du Livret A, tombé à 2,4 % en février 2025. La dispersion des taux servis demeure marquée : si certains contrats ont affiché des revalorisations supérieures à 4 %, d’autres n’ont pas franchi le seuil de 2 %.
La performance financière des UC s’est établie à 9,0 % en 2024, contre 6,5 % l’année précédente. Cette progression est principalement attribuable à la hausse des marchés actions (+14,2 %) et à celle des fonds à allocation d’actifs (+8,25 %). Les fonds immobiliers, bien qu’encore en retrait, ont limité leurs pertes.
La part des UC dans les primes brutes totales a néanmoins reculé à 38 % (contre 43 % en 2023), en lien avec une stabilisation des flux d’investissement sur ces supports. Ce repli relatif, malgré des rendements attractifs, peut être interprété comme un effet d’arbitrage en faveur des supports euros, dans un contexte de modération du risque.
Les arbitrages nets réalisés au cours de l’année ont confirmé cette tendance : ils sont ressortis positifs à hauteur de 1,5 milliard d’euros en faveur des supports en euros, renversant la dynamique des deux exercices précédents.
Assurance-vie : les bancassureurs en position dominante sur tous les fronts
La différenciation entre acteurs s’est accentuée en 2024. Les bancassureurs concentrent l’essentiel de la collecte nette avec un solde de +24,6 milliards d’euros, dont 20 milliards sur les supports UC. Les autres organismes d’assurance affichent encore une collecte nette négative (-1,8 milliard), bien qu’en nette amélioration par rapport à 2023 (-10,3 milliards).
En volume, les bancassureurs ont capté 66 % des primes versées sur les UC, renforçant leur position dominante sur ce segment. Ils affichent également un solde positif sur les supports en euros, contrairement aux assureurs traditionnels.
Assurance-vie : la dynamique des contrats non rachetables portée par l’épargne retraite
Les contrats non rachetables, composés en grande partie des Plans d’Épargne Retraite (PER), ont enregistré une collecte nette de 5,2 milliards d’euros en 2024. La progression de ces produits résulte d’une collecte brute de 20,8 milliards, dont 76 % via les PER. Les prestations versées s’élevaient à 15,6 milliards, principalement au titre des anciens contrats.
À fin 2024, les provisions des contrats non rachetables atteignaient 279 milliards d’euros, dont 43 % sur les PER. Les organismes de retraite professionnelle supplémentaire (ORPS) concentrent 61 % de ces encours, et les non-bancassureurs conservent une prédominance sur ces produits (68 % des provisions).








