Fake news, propagande, storytelling : comment se protéger ?

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Fake news, propagande, storytelling : comment se protéger ? © www.nlto.fr

Fake news, storytelling, éléments de langage : les outils de la manipulation médiatique se sont raffinés à mesure que nos sociétés devenaient saturées d’images, de récits et de discours. Dans son nouveau livre à paraître chez Valeurs Ajoutées Éditions, 12 conseils pour éviter la manipulation médiatique, Christophe Brochier démonte avec clarté les ressorts de ces techniques d’influence. En sociologue et pédagogue, il invite les lecteurs à développer leur esprit critique, à relire l’histoire pour mieux comprendre le présent et à s’armer contre les fausses évidences. Entretien sans détour avec un observateur lucide de notre époque.

Vous décrivez plusieurs techniques de manipulation dans votre livre. Quelle est la plus efficace selon vous ?

    La plus efficace est de faire croire qu’il y a des choses évidentes, qui s’imposent d’elles-mêmes et que tout adulte de bon sens devra donc naturellement accepter. On peut y arriver par différents moyens comme en ne permettant à aucune réinterprétation des choses d’émerger. Par exemple, l’idée que des élections libres suffisent à constituer une « démocratie » est l’une de ces fausses évidences, de même que la supériorité de l’Occident sur le reste du monde, etc. C’est quand la possibilité d’une remise en question n’est même pas envisagée tant elle semble ridicule que le pouvoir des dominants est le plus fort (que l’on songe par exemple à l’idée d’accorder le droit de vote aux femmes au XIXe siècle). 

    Certains médias se disent garants de la lutte contre la désinformation. Peut-on vraiment leur faire confiance ?

      Bien sûr que non. La « désinformation » c’est l’interprétation des choses promue par les adversaires. Les médias choisissent avec soin les idées fausses qu’ils veulent détruire. Les idées stupides allant contre la version officielle s’effondrent seules de toute manière. Les idées stupides promues par les autorités ont la peau plus dure.

      Les discours politiques sont truffés d’éléments de langage et de cadrages stratégiques. Comment un citoyen peut-il apprendre à les décrypter ?

        Il y a trois moyens très simples. Le premier c’est de ne pas prêter attention aux discours des politiciens et des communicants. Pour ma part, quand un politicien intervient à la télévision, je change de chaîne. Le second c’est d’être conscient a priori des intérêts que ces gens servent. Pour ce qui concerne certains d’entre eux, c’est très facile à deviner. De toute manière, ils servent toujours au moins leurs intérêts personnels et les intérêts de ceux qui les financent. Enfin, regarder les actes : c’est là qu’il faut faire un effort de recherche documentaire. Bref, c’est exactement l’opposé de ce que les médias nous suggèrent de faire (croire les discours, ne pas soupçonner des intérêts couverts, ne pas chercher à connaître les faits).

        Vous évoquez l’importance de lire l’Histoire pour mieux comprendre la manipulation. Pourquoi ce conseil est-il essentiel ?

          C’est la condition sine qua non du repérage des grands enjeux. On ne s’étonnera donc pas de ce qu’est devenu l’enseignement de l’histoire au lycée. Par exemple, le XIXe siècle, époque politique par excellence, avec des oppositions de classes sociales très fortes et très claires a pratiquement disparu du bagage historique du Français moyen. Mes étudiants me regardent avec des yeux ronds quand je leur parle de la Monarchie de Juillet ou de la Deuxième République par exemple. Quand on regarde le passé, les buts des acteurs politiques et sociaux apparaissent brutalement et sur cette base on peut comprendre une partie des faits actuels. Par exemple, un rapide examen des choix et des actes du patronat français au cours des cent dernières années est éclairant sur le vrai rôle de ce groupe social dans la marche de notre pays. De même, on ne peut saisir la Russophobie viscérale d’une partie des Européens (par exemple les Polonais) sans examiner l’histoire. Pour faire bref, quel que soit le sujet qui vous intéresse, les livres d’histoire vous donneront les clefs essentielles de l’analyse de situation : les acteurs réels, leurs buts et leurs moyens. Bien sûr, le problème est alors de bien prendre conscience que l’histoire est rarement neutre. Là aussi, il faudra fouiller, lire, comparer, et s’appuyer sur son bon sens.

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