Depuis début 2024, l’exécutif martèle un objectif clair : enrayer la chute des naissances et relancer la dynamique familiale. Pourtant, dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026, débattu à l’Assemblée nationale à l’automne 2025, une mesure centrale prévoit une baisse indirecte des allocations familiales. En modifiant la majoration liée à l’âge des enfants, le gouvernement envoie un signal paradoxal, à rebours de son ambition démographique affichée.
Allocations familiales en baisse, malgré l’objectif de réarmement démographique
La baisse des allocations familiales repose sur un mécanisme discret mais déterminant. Le gouvernement souhaite repousser de 14 à 18 ans l’âge à partir duquel les aides sont majorées. Autrement dit, les familles continueront à percevoir un montant plus faible pendant quatre années supplémentaires. Or, cette période correspond précisément à celle où les dépenses augmentent le plus. Pourtant, au même moment, l’exécutif affirme vouloir soutenir la natalité et encourager les ménages à fonder ou agrandir une famille.
Ce décalage est frappant. D’un côté, le discours officiel insiste sur la nécessité de sécuriser les parcours familiaux et de redonner confiance aux parents. De l’autre, la baisse des allocations familiales réduit concrètement l’argent disponible dans les foyers. Selon les estimations budgétaires relayées par les organisations syndicales, cette réforme permettrait d’économiser environ 200 millions d’euros par an. Une somme modeste à l’échelle des finances publiques, mais significative pour les familles concernées.
Des pertes financières qui pèsent sur la décision d’avoir des enfants
La contradiction devient encore plus visible lorsqu’on regarde les montants. Une famille avec deux enfants perçoit environ 151 euros par mois d’allocations familiales. À partir de 14 ans, une majoration d’environ 75 euros devait s’ajouter. Avec le report à 18 ans, cette augmentation disparaît temporairement. Cela représente près de 900 euros par an en moins, soit environ 3 600 euros sur quatre ans, selon les chiffres relayés par TF1 Info.
Or, cette baisse des allocations familiales concerne potentiellement plus de cinq millions de foyers, d’après les projections citées par Le Monde. Pour beaucoup, ces aides conditionnent l’équilibre du budget quotidien. Elles servent à financer les transports, l’alimentation, les loisirs ou les études. Dans ce contexte, demander aux familles de faire plus d’enfants tout en réduisant leur soutien financier apparaît peu cohérent. Comme l’a dénoncé l’UNSA en décembre 2025, le report de la majoration « frappe de plein fouet le pouvoir d’achat des parents d’adolescents », à un moment où chaque euro compte.
Une politique familiale en tension entre discours et réalité
La baisse des allocations familiales a d’ailleurs suscité de fortes résistances institutionnelles. Le Sénat a rejeté cette mesure en novembre 2025, estimant que la politique familiale ne devait pas devenir une variable d’ajustement budgétaire. Les sénateurs ont rappelé que la branche famille de la Sécurité sociale n’est pas déficitaire et qu’elle devrait, au contraire, accompagner les familles face à la hausse du coût de la vie.
Malgré cette opposition, le gouvernement assume sa ligne. Il met en avant un budget global de la politique familiale estimé à environ 59,4 milliards d’euros en 2026, selon Vie publique, tout en limitant fortement les revalorisations. Dans ce cadre, la baisse des allocations familiales apparaît comme un choix politique qui fragilise la cohérence du discours sur le réarmement démographique. Car encourager les naissances suppose aussi de garantir des aides lisibles, stables et suffisantes. À défaut, le message envoyé aux familles reste brouillé, entre incitation symbolique et réduction bien réelle de leur argent.








