France : liberté sur le sol du royaume, esclavage dans les colonies

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France : liberté sur le sol du royaume, esclavage dans les colonies © www.nlto.fr

Alors que la France avait posé dès 1315 le principe selon lequel la liberté est l’état naturel de l’homme et que le sol du royaume affranchit celui qui s’y trouve, elle participe pourtant à partir de la fin du XVIIᵉ siècle au système esclavagiste colonial qui se développe dans l’Atlantique. Pendant près de deux siècles, plus d’un million d’Africains sont déportés vers les colonies françaises pour alimenter l’économie de plantation. Cette histoire rappelle aussi une réalité souvent oubliée : la traite atlantique a reposé sur une chaîne impliquant d’abord des africains car la plupart des captifs étaient d’abord capturés par des marchands africains avant d’être vendus aux négociants européens qui les transportaient vers les colonies. On est bien loin du récit les méchants blancs esclavagistes des noirs. La réalité est plus complexe.

La construction d’un système esclavagiste colonial

À partir de la seconde moitié du XVIIᵉ siècle, les puissances européennes développent dans les Amériques une économie de plantation fondée sur la production de sucre, de café, de coton et d’indigo. La France s’inscrit pleinement dans cette dynamique coloniale. Sous le règne de Louis XIV, l’esclavage est juridiquement organisé dans les colonies par le Code noir, qui fixe le statut des esclaves et encadre la vie des plantations. Les colonies les plus importantes dans ce système sont Saint-Domingue, Martinique et Guadeloupe, auxquelles s’ajoutent la Guyane et La Réunion. Entre le XVIIᵉ siècle et le début du XIXᵉ siècle, environ 1,3 million d’Africains sont transportés vers les colonies françaises, la grande majorité au XVIIIᵉ siècle lorsque les plantations antillaises connaissent une expansion spectaculaire. À la veille de la Révolution française, la colonie de Saint-Domingue compte à elle seule près de 500 000 esclaves.

Une chaîne de traite qui commence en Afrique

La traite atlantique repose sur un système commercial transcontinental. Dans la majorité des cas, les captifs proviennent de guerres, de razzias ou de réseaux africains organisés à l’intérieur du continent africain. Des royaumes et des réseaux commerciaux africains capturent ou achètent des prisonniers puis les conduisent vers les ports de la côte où ils sont vendus à des négociants européens. Des États africains comme le Royaume du Dahomey ou l’Empire Ashanti participent activement à ce commerce pendant plusieurs siècles. Les marchands européens achètent ensuite ces captifs, les embarquent sur des navires négriers et les transportent vers les colonies françaises et américaines où ils sont vendus aux propriétaires de plantations. Cette chaîne commerciale explique que la traite atlantique ait été un système international impliquant plusieurs continents et plusieurs acteurs.

Abolitions, rétablissement et disparition progressive de l’esclavage

L’histoire française de l’esclavage colonial est marquée par plusieurs ruptures. Une première abolition est proclamée en 1794 pendant la Révolution française. En 1802, Napoléon Bonaparte rétablit cependant l’esclavage dans plusieurs colonies, avant que la révolution de 1848 ne conduise à son abolition définitive dans l’empire colonial français sous l’impulsion de Victor Schœlcher. À l’échelle internationale, cette abolition intervient relativement tôt dans l’histoire mondiale : le Royaume-Uni abolit l’esclavage dans son empire en 1833, les États-Unis en 1865 et le Brésil en 1888, dernier grand pays des Amériques à supprimer officiellement l’esclavage. Dans certaines régions du monde, l’abolition intervient encore plus tard, la Mauritanie abolissant officiellement l’esclavage en 1981 et ne le criminalisant qu’en 2007. Le Pakistan ne l’a aboli qu’en 1992. 

L’histoire de l’esclavage colonial français illustre ainsi un paradoxe puissant : un pays qui avait très tôt affirmé un principe de liberté sur son territoire, au XIVe siècle, participe néanmoins pendant près de deux siècles à un système esclavagiste mondial avant d’en proclamer l’abolition définitive au milieu du XIXᵉ siècle. Cependant il faut mettre les chiffres pour comprendre que la France a été un acteur modeste dans ce crime : la traite arabe a été de 15 à 20 millions d’esclaves (De nombreux historiens parlent de 17 millions), la traite africaine de l’ordre de 14 à 20 millions (les sources donnent des chiffres différent) et la traite occidentale de l’ordre de 11 millions (dont 1,3 million pour la France). Il faut aussi ajouter que les razzias ont été très majoritairement faite par les africains. La simplification woke de l’histoire veut faire porter la responsabilité de l’esclavage à l’occident alors qu’en fait arabes et africains ont été des acteurs beaucoup, plus importants.

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