L’affaire Jeffrey Epstein n’est pas seulement un scandale sexuel et judiciaire. Elle met en lumière une mécanique d’influence bien connue des services russes : le kompromat, fondé sur la compromission intime des élites. Derrière les réseaux mondains d’Epstein, se dessine un modèle d’influence discret, compatible avec les méthodes historiques du FSB, et révélateur de la vulnérabilité structurelle des cercles de pouvoir occidentaux.
Le kompromat : une arme d’influence ancienne, toujours efficace
Le kompromat n’est ni une théorie du complot ni une nouveauté. Héritée du KGB, cette méthode consiste à obtenir un levier durable sur des individus clés par l’exploitation de situations moralement, socialement ou pénalement compromettantes. Contrairement à la propagande ou à la désinformation de masse, le kompromat ne vise pas l’opinion publique, mais les décideurs eux-mêmes. L’univers d’Epstein correspond précisément à ce schéma. Des personnalités de haut niveau y évoluent dans un cadre privé, hors contrôle institutionnel, où l’intimité devient une faiblesse stratégique. Une fois la frontière franchie, l’influence ne repose plus sur la conviction, mais sur la dépendance et le silence.
“FSB Girls” : sociabilité mondaine et accès aux cercles de pouvoir
L’un des éléments les plus sensibles du dossier Epstein réside dans la présence répétée de femmes russes ou issues de l’espace post-soviétique dans son entourage. Le terme de « FSB Girls » ne désigne pas nécessairement des agentes formelles, mais un écosystème social compatible avec les pratiques du renseignement russe : accès intime, circulation dans les élites, absence de visibilité publique. Le cas de Masha Drokova, également connue sous le nom de Maria Bucher, illustre cette zone grise bien qu’aucun lien ne soit établi avec les services russes. Ancienne militante pro-Kremlin devenue entrepreneure aux États-Unis, elle apparaît de manière récurrente dans les échanges liés à Epstein après sa condamnation de 2007. Sans établir de culpabilité pénale, son rôle met en évidence une hybridation troublante entre militantisme politique, réseaux économiques et sociabilité élitaire.
Une influence silencieuse, sans bruit ni revendication
Contrairement aux opérations de désinformation spectaculaires, ce type d’influence ne produit ni slogans ni campagnes visibles. Il agit à bas bruit, sur le temps long, en transformant des faiblesses personnelles en leviers géopolitiques. L’affaire Epstein ne démontre pas l’existence d’un agent du FSB, mais elle révèle un environnement idéalement exploitable par des services rompus à la compromission. La véritable leçon est ailleurs : les démocraties occidentales continuent de penser l’influence étrangère en termes médiatiques, alors que les formes les plus efficaces passent par l’intime, le secret et la dépendance personnelle.
Dans la guerre d’influence contemporaine, le pouvoir ne se conquiert pas toujours par la parole publique. Il s’obtient souvent par ce que les élites préfèrent taire.








