Il n’y a pas qu’en France que la fiscalité inquiète. À Londres, dans les cafés, les salons et les petits restaurants, l’atmosphère est lourde à l’approche du Budget britannique du 26 novembre. Sur la High Street — ces rues commerçantes typiques des villes anglaises — les entrepreneurs redoutent de nouvelles hausses d’impôts. Après un an marqué par la hausse du salaire minimum, des cotisations sociales et des taxes locales, beaucoup peinent déjà à survivre.
« On nous punit d’avoir des employés »
Katya Milavic-Davies, propriétaire de quatre salons de coiffure Myla & Davis et de deux établissements de restauration à Londres, raconte à la BBC qu’elle a dû augmenter son chiffre d’affaires de 500 000 livres simplement pour absorber les coûts liés aux dernières réformes fiscales et sociales. « On nous punit d’avoir beaucoup d’employés », dit-elle, amère. Ses marges sont désormais « aussi fines qu’un rasoir ». D’après la Federation of Small Businesses (FSB), une PME sur trois au Royaume-Uni envisage de réduire ou de fermer son activité dans les douze prochains mois. Et selon une étude Novuna Business Finance, 86 % des dirigeants craignent que le prochain Budget n’aggrave encore leur situation.
L’hôtellerie-restauration déjà fragilisée
Dans l’hôtellerie-restauration, la situation est dramatique. UK Hospitality, la fédération du secteur, estime que plus de 100 000 emplois ont été perdus depuis le dernier Budget. Son directeur général, Allen Simpson, appelle à une baisse des business rates — l’équivalent des taxes foncières professionnelles sur les locaux commerciaux — ainsi qu’à un allègement des cotisations sociales et à une réduction de la TVA pour se rapprocher de la moyenne européenne. Charlie Gilkes, patron du groupe Inception Group, propriétaire du bar Bunga 90 à Covent Garden, résume la lassitude des entrepreneurs : « Attendre le Budget, c’est comme attendre le dentiste : on sait que ça va faire mal. »
Ce que le gouvernement pourrait annoncer
Le gouvernement travailliste de Rachel Reeves fait face à un déficit budgétaire estimé entre 30 et 40 milliards de livres. Pour y faire face, plusieurs pistes circulent :
- une hausse de 1 à 2 points du taux de base de l’impôt sur le revenu, actuellement fixé à 20 % ;
- une révision des business rates (impôt sur les commerces), dont les valeurs locatives doivent être réévaluées en 2026, ce qui pourrait accroître la facture pour les commerces de centre-ville ;
- la fin progressive de certains allègements de charges temporaires mis en place pendant la période post-Covid.
Ces mesures inquiètent les entrepreneurs déjà sous pression, qui redoutent une aggravation de la situation sur la High Street.
Le risque d’un cercle vicieux
Chaque hausse d’impôt réduit la base taxable : moins de commerces, moins d’emplois, moins de recettes. « Nous sommes ceux qui maintenons les vitrines allumées », rappelle Katya Milavic-Davies. Si les commerces de proximité disparaissent, c’est tout un écosystème local , emploi, formation, vie de quartier, qui s’éteint.
Le gouvernement assure « soutenir les pubs, cafés et restaurants » et met en avant ses mesures sur la bière pression, les terrasses et l’allègement ponctuel des business rates. Mais pour les professionnels, ces gestes restent symboliques. Après le Covid, l’inflation et la crise énergétique, le Royaume-Uni risque de découvrir que trop d’impôt finit toujours par tuer la recette.








