Guerre en Ukraine, tensions mondiales : le retour du régalien

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Pendant trente ans, l’Europe a vécu sur une fiction confortable : celle d’un monde pacifié par le commerce, le droit et l’interdépendance économique. La guerre appartenait au passé. La puissance était suspecte. La souveraineté, ringarde. L’État pouvait donc se permettre d’être partout… sauf là où il est vital. Cette époque est terminée.

La guerre en Ukraine, les tensions sino-américaines, le durcissement des rapports de force internationaux ont mis fin au mythe de la « fin de l’Histoire ». Le réel est revenu, brutalement. Et avec lui une évidence que l’Europe, et la France en particulier, avaient soigneusement évacuée : la sécurité n’est jamais acquise. C’est précisément ce basculement que met en lumière Le grand-père et le président de Xavier Fontanet.

Sous la forme d’un dialogue intergénérationnel, le livre pointe une fragilité stratégique française longtemps masquée par l’abondance relative et l’illusion de stabilité : un État hypertrophié sur le social, mais affaibli sur le régalien.

Pendant que la dépense publique s’étendait à des domaines toujours plus nombreux, les fonctions essentielles de l’État : défense, sécurité, justice, souveraineté industrielle, ont été reléguées au second plan. Le résultat est paradoxal : un État omniprésent dans la vie économique et sociale, mais de plus en plus impuissant face aux chocs majeurs.

Quand la défense plafonne autour de 2 % du PIB après être tombée bien plus bas, quand les armées manquent de munitions, de stocks et parfois de capacités industrielles, quand la justice est engorgée et la police sous tension permanente, la souveraineté devient un concept théorique. Elle existe dans les discours, beaucoup moins dans les faits.

L’actualité ne fait que confirmer ce diagnostic. Les débats sur l’effort militaire se multiplient, souvent dans l’urgence. L’autonomie stratégique européenne, longtemps incantatoire, devient une préoccupation concrète. Les dépendances industrielles critiques (énergie, armement, composants, technologies clés) apparaissent pour ce qu’elles sont : des vulnérabilités politiques majeures.

Xavier Fontanet ne plaide pourtant ni pour un État autoritaire ni pour une société militarisée. Le propos est plus dérangeant, parce que plus simple : un État ne peut pas tout faire. À force de vouloir tout réguler, tout compenser, tout subventionner, il finit par négliger l’essentiel.

Le livre défend l’idée d’un État recentré, non pas affaibli mais clarifié. Moins d’interventionnisme économique inutile. Moins de dispersion bureaucratique. Plus de moyens, de cohérence et de continuité là où l’État est irremplaçable : garantir la sécurité intérieure, assurer la justice, protéger la Nation, préserver la capacité à décider par soi-même.

Dans un monde instable, la protection sociale ne suffit plus à faire société. Elle ne protège ni des chocs géopolitiques, ni des stratégies de puissance, ni des conflits de haute intensité. Sans sécurité, sans justice fonctionnelle, sans capacité de défense crédible, le contrat social se fragilise à son tour. C’est là l’un des apports majeurs de Le grand-père et le président : rappeler que le régalien n’est pas un vestige du passé, mais la condition de possibilité de tout le reste. La prospérité, la solidarité et même la démocratie reposent, en dernière instance, sur la capacité d’un État à assurer l’ordre, la protection et la continuité.

Le monde a changé.

Le livre de Xavier Fontanet pose une question simple, que l’actualité rend impossible à esquiver : la France est-elle encore organisée pour faire face au réel ?

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