Jeudi 6 novembre 2025, les députés ont adopté l’amendement n°2283, supprimant le seuil de 250 salariés qui conditionnait jusque-là l’accès à la déduction forfaitaire de cotisations patronales sur les heures supplémentaires. Ce vote, à la portée budgétaire maîtrisée, intervient dans une séquence parlementaire où les lignes de fracture entre majorité, gouvernement et opposition se cristallisent autour des finances sociales et du coût du travail.
Une mesure technique qui s’est imposée comme compromis politique
L’amendement adopté modifie l’article L.241-18-1 du Code de la sécurité sociale en supprimant la limite d’effectif qui réservait la déduction forfaitaire patronale aux entreprises de moins de 250 salariés. Dès le 1er janvier 2026, cette déduction sera donc accessible à l’ensemble des entreprises.
Le débat a été marqué par la recherche d’un compromis budgétaire. Le rapporteur général Thibault Bazin a défendu un dispositif jugé soutenable, rappelant qu’une réforme plus large aurait représenté un effort financier de « 2 milliards d’euros ». Le ministre, présent en séance, a indiqué que le gouvernement était « intéressé par l’ajustement proposé », signifiant ainsi sa préférence pour une mesure circonscrite, sans révision frontale des cotisations.
Les interventions de l’opposition ont souligné une autre échelle d’appréciation. Un député a estimé qu’un ensemble plus vaste de mesures d’allègement aurait atteint « plutôt 3 milliards ». Cet écart illustre les divergences d’analyse sur les recettes sociales et les marges de manœuvre budgétaires.
Les lignes de fracture : coût du travail, financement social et stratégie de majorité
Sur le fond, le vote éclaire des divergences politiques persistantes autour du coût du travail et du financement de la Sécurité sociale. Pour les groupes de la majorité et une partie de la droite, la déduction élargie constitue un geste pragmatique : un allègement ciblé, compatible avec l’impératif de maîtrise des dépenses publiques, et non une remise à plat des prélèvements.
À l’inverse, certains groupes de gauche ont alerté sur l’impact pour les comptes sociaux, estimant que la priorité devrait aller au renforcement des recettes plutôt qu’à de nouveaux allègements. Les échanges ont confirmé un clivage traditionnel : stimuler l’activité par des baisses de charges ou préserver les équilibres sociaux par un maintien du niveau de cotisation.
Le vote final révèle une stratégie gouvernementale lisible : privilégier des ajustements techniques, inscrits dans le cadre existant, plutôt que des réformes structurelles dont le coût budgétaire aurait été jugé excessif. L’extension votée apparaît ainsi comme un compromis acceptable dans un paysage politique fragmenté.
Ce que change la déduction élargie pour les entreprises
Actuellement, la déduction forfaitaire est fixée à 1,50 € par heure dans les entreprises de moins de 20 salariés et 0,50 € dans les structures de 20 à 249 salariés. La mesure adoptée ne modifie pas ces montants. Elle étend seulement l’éligibilité aux entreprises dépassant 250 salariés.
Cette précision est importante sur le plan politique : le législateur a choisi de ne pas modifier la structure de l’allègement, mais d’en élargir le périmètre. Le dispositif est ainsi présenté comme un ajustement pragmatique, à impact limité mais non marginal, particulièrement dans les secteurs où les heures supplémentaires constituent un outil d’adaptation à la demande.
Le financement de la mesure sur les heures supplémentaires est intégralement compensé par une majoration de l’accise sur les tabacs, conformément au texte adopté. Cette clause de neutralisation budgétaire est devenue une constante dans les débats sur la baisse des cotisations, et elle a été rappelée en séance comme un élément essentiel pour maintenir l’équilibre des comptes sociaux. Autrement dit, il n’est pas encore question de baisser les dépenses.
Le volet salarié : stabilité des règles fiscales et enjeux indirects
Pour les salariés, la réforme ne modifie ni le niveau de rémunération des heures supplémentaires, ni leur exonération d’impôt sur le revenu dans la limite de 7 500 € par an, confirmée par les règles de déclaration sociale en vigueur. La mesure agit uniquement sur le coût employeur.
L’impact politique se situe ailleurs : dans le débat sur la manière d’améliorer le pouvoir d’achat. Pour certains députés, l’ajustement adopté sur les heures supplémentaires ne peut être qu’un outil parmi d’autres, trop limité pour influer sur les rémunérations nettes. Pour d’autres, l’élargissement de la déduction constitue une incitation suffisante à proposer davantage d’heures supplémentaires, avec un effet indirect sur les revenus.
Le gouvernement a clairement choisi la voie de la prudence : maintenir les règles salariales, ne pas toucher aux exonérations existantes, et concentrer l’effort sur un levier déjà connu. Aucun élément en séance ne laisse apparaître une volonté d’aller plus loin dans l’immédiat.
Un vote révélateur de l’équilibre politique du moment
L’adoption de l’amendement n°2283 sur les heures supplémentaires montre que la majorité parlementaire reste alignée sur une ligne budgétaire stricte. Le contexte politique a pesé : incertitudes économiques, pression sur les finances sociales, débats internes sur les marges de manœuvre fiscales. Face à ces contraintes, la voie retenue – un allègement ciblé, compensé et techniquement circonscrit – a constitué une zone d’accord possible.
Le vote sur les heures supplémentaires souligne également la volonté du gouvernement d’éviter les débats structurels sur l’architecture des cotisations. En élargissant un dispositif existant sans en transformer la logique, la majorité privilégie une approche incrémentale. Ce choix reflète une stratégie lisible depuis plusieurs exercices budgétaires : répondre aux tensions économiques par des mesures ciblées plutôt que par des réformes globales.
Enfin, ce texte met en lumière une réalité institutionnelle : les débats sur les heures supplémentaires sont devenus un terrain d’expression des sensibilités politiques sur la fiscalité du travail, l’allocation des ressources publiques et la place des entreprises dans la reprise économique.











