Hollywood contre les algorithmes : la guerre de l’IA est déclarée

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L’illusion était presque parfaite. Dans les dernières vidéos produites par Sora 2, la nouvelle version de l’outil vidéo d’OpenAI, on voit Michael Jackson faire un selfie avec Bryan Cranston, tandis qu’un Bob l’Éponge présidentiel prononce un discours depuis le Bureau ovale. Le tout, généré intégralement par intelligence artificielle. Ce mélange de fascination et de malaise résume le choc culturel qui traverse Hollywood : l’IA n’imite plus le cinéma, elle l’envahit.

OpenAI entre dans le champ de bataille du divertissement

Un an après avoir bouleversé le secteur avec Sora, OpenAI remet le feu aux poudres. Son PDG Sam Altman, en costume sombre lors d’un sommet à Paris, a présenté Sora 2 comme une « étape majeure » : désormais, les utilisateurs peuvent intégrer de vraies personnes ou des personnages sous licence dans des vidéos générées. Autrement dit : tout le monde peut, en quelques clics, mettre Tom Cruise dans une publicité, ou faire danser Darth Vader sur TikTok. L’annonce a déclenché une réaction en chaîne dans les studios. Disney, Warner Bros. Discovery, Universal et les puissantes agences de talents de Beverly Hills (WME, CAA, UTA) ont dénoncé une violation flagrante du droit à l’image et des lois sur le droit d’auteur. « Les créateurs n’ont pas à se désinscrire pour protéger leur travail », a tranché Warner Bros., rappelant qu’en matière de copyright, le silence ne vaut pas consentement.

L’argument d’OpenAI : la créativité partagée

OpenAI plaide la bonne foi. Selon Varun Shetty, vice-président des partenariats médias, Sora 2 offre « une opportunité pour les détenteurs de droits de dialoguer avec leurs fans ». L’entreprise promet davantage de garde-fous, un système de suppression à la demande, et une future rémunération des ayants droit. Mais à Hollywood, le scepticisme est total. Le syndicat SAG-AFTRA, encore marqué par la grève historique de 2023 sur les doublures numériques, parle d’une « menace existentielle ». Les agences de talents ont été plus directes : WME a annoncé avoir « désinscrit tous ses clients » de la plateforme. Dans les coulisses, plusieurs stars auraient demandé à leurs avocats de préparer des recours collectifs.

Deux visions du monde s’affrontent

La bataille dépasse la simple question juridique. C’est le choc frontal entre la culture de la Silicon Valley — « move fast and break things » — et celle d’Hollywood, où chaque image, chaque réplique, chaque silhouette est protégée par contrat. « L’industrie du divertissement est fondée sur la rareté », analyse Ray Seilie, avocat spécialisé en droit du cinéma. « L’IA, elle, repose sur l’abondance. Ces deux logiques ne peuvent coexister sans une réinvention des règles. »

L’affaire Sora 2 intervient alors que les procès contre les générateurs d’images et de musique IA se multiplient.

  • Disney, Universal et Warner Bros. poursuivent déjà Midjourney et MiniMax, accusés d’avoir entraîné leurs modèles sur des contenus protégés.
  • En Europe, la Commission européenne prépare une législation spécifique sur l’usage des visages et voix synthétiques.
  • En Chine, Tencent et ByteDance ont lancé leurs propres IA vidéo… tout en renforçant la censure pour éviter les “faux officiels” de dirigeants.

Selon Bloomberg Intelligence, le marché des contenus générés par IA pourrait dépasser 45 milliards de dollars d’ici 2027. Mais cette croissance explosive se heurte à une réalité : sans un cadre clair, les procès risquent de devenir la nouvelle bande-son de l’économie numérique.

Vers un “Hollywood augmenté” ?

En interne, certains studios préparent déjà la contre-attaque : Disney explore ses propres modèles d’IA internes, tandis que Netflix a déposé un brevet pour « reconstruire des visages d’acteurs » à partir d’archives sous licence. À court terme, l’industrie pourrait se diriger vers un système de licences dynamiques, où chaque apparition virtuelle d’un acteur déclencherait une rémunération automatique. Mais pour l’heure, la tension reste électrique. Hollywood découvre qu’il n’affronte plus seulement des concurrents — mais des algorithmes. Et dans cette guerre des images, une chose est sûre : le scénario n’est pas encore écrit.

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