C’est un chiffre qui donne le vertige : 100 000 ingénieurs et techniciens à recruter chaque année jusqu’en 2035. Pour tenir le rythme, l’Institut Montaigne propose des solutions fortes. Quitte à bousculer certaines certitudes.
Plus de sciences, moins d’amphis vides. Et une licence à 1 500 euros pour ceux qui ne sont pas boursiers. Le plan proposé veut secouer un système à bout de souffle.
Ingénieurs : un besoin massif, une filière en sous-capacité
C’est un des grands angles morts de la réindustrialisation française. Derrière les discours sur le retour des usines, il manque quelque chose : les bras et les cerveaux pour les faire tourner. Dans son rapport, l’Institut Montaigne chiffre les besoins à 100 000 ingénieurs et techniciens par an d’ici à 2035. Un cap qu’on est encore loin d’atteindre.
Car le constat est sans appel : la France ne forme pas assez. Et les entreprises le ressentent déjà. Aujourd’hui, 70 % des recruteurs ont du mal à embaucher des ingénieurs, et plus de 80 % peinent pour les techniciens. Pour combler l’écart, il faudrait 60 000 diplômés supplémentaires par an. Une montée en puissance de 40 à 50 %, jugée indispensable pour atteindre un objectif industriel fixé à 12 % du PIB.
Pour répondre à ce défi, l’Institut Montaigne insiste sur la nécessité de renforcer l’attrait des filières scientifiques. Tout commence à l’école. « Il faut redonner le goût des sciences dès le primaire », explique Éric Labaye, ancien président de Polytechnique et coauteur du rapport. Le rapport recommande aussi de transformer les stages de 3e et de 2de en journées d’immersion mensuelles dans les entreprises et les laboratoires.
L’autre chantier, c’est l’orientation. Le rapport propose de fixer aux lycées des objectifs chiffrés pour faire basculer 5 à 10 % d’une classe d’âge vers les sciences. Et pour ceux qui n’ont pas suivi la spécialité maths ? Pas de fatalisme. « Ce n’est pas parce que vous n’avez pas choisi la spécialité maths au lycée que vous n’avez pas le potentiel pour faire des maths », tranche Labaye.
Le rapport cible aussi une meilleure diversité des profils. Il appelle à augmenter la part de femmes à 40 % dans les écoles d’ingénieurs (contre 29 % aujourd’hui), via des cours en humanités, une vie associative plus riche et une lutte active contre les stéréotypes de genre.
Mieux orienter les moyens de l’enseignement supérieur
Pour former plus, encore faut-il savoir où mettre les moyens. L’Institut Montaigne préconise une réallocation partielle des ressources, en ciblant les formations qui débouchent moins. Sans jamais citer explicitement de filière à fermer, le message est clair : certaines licences ou masters en lettres et arts pourraient perdre en financement, au profit des filières scientifiques.
En parallèle, le rapport appelle à une réforme de la gouvernance universitaire, jugée trop éloignée des réalités économiques. Il salue le déploiement du système d’information Quadrant, qui permettra de connaître précisément les taux d’insertion professionnelle des formations. Un outil qui pourrait peser lourd dans les arbitrages budgétaires.
Pour éviter d’alourdir le déficit public, le rapport mise aussi sur une hausse « ciblée » des frais d’inscription. Les chiffres sont posés sur la table : une licence à 1 500 euros par an (contre 175 aujourd’hui), un master à 3 000 euros (contre 250 euros). Les boursiers seraient exemptés, mais les étudiants étrangers, eux, verraient leurs frais grimper de 50 %.
Ce levier financier pourrait couvrir jusqu’à 50 % des besoins, selon le rapport. En tout, le plan nécessite 440 millions d’euros par an. Mais la somme pourrait atteindre près d’un milliard si toutes les options proposées sont retenues.









