Tout ce qui ressort aujourd’hui était connu hier. Les rumeurs, les réseaux, les affaires périphériques, les arrangements mondains : rien de neuf. Le vrai scandale n’est pas ce que l’on exhume à grand renfort d’archives en 2026, mais ce que l’État a sciemment validé jusqu’au bout. Maintenir Jack Lang à la tête de l’Institut du monde arabe à 87 ans, puis au-delà, avec un traitement mensuel d’environ 9 000 euros, n’est pas une erreur : c’est un choix politique. Et c’est ce choix qui signe l’impunité de caste.
Le théâtre de l’indignation tardive
On feint la stupeur comme on joue une pièce mal répétée. La rumeur de l’affaire du Coral, la pétition de 1977 pro pédophilie, l’épisode Luc Ferry qui met en cause indirectement Jack Lang, les rumeurs marocaines, les connivences de réseaux : tout cela circule depuis des décennies dans le petit monde politico-culturel. Rien n’a jamais été caché, tout a été toléré. On a parlé de « contexte », d’« époque », d’« erreurs collectives », jamais de responsabilité individuelle. La gauche caviar excelle dans cet art : transformer l’accumulation de soupçons en bruit de fond inoffensif. Ce n’est pas l’innocence qui a protégé Jack Lang, c’est la réputation, ce bouclier magique réservé aux figures consacrées. L’indignation d’aujourd’hui est obscène parce qu’elle arrive après des années de silence confortable.
Le vrai scandale : l’État qui refuse le passage de témoin
Le scandale central est institutionnel, pas anecdotique. Nommé en 2013 à la présidence de l’Institut du monde arabe sous la présidence de François Hollande, Jack Lang l’a été par une décision strictement politique, sans appel à candidatures, sans procédure transparente et sans débat public sur son profil ou son âge, succédant à Renaud Muselier dans un schéma classique de nomination de réseau. Le véritable basculement intervient après 2017 : une fois Emmanuel Macron élu, Jack Lang n’est ni remplacé ni remis en question, mais maintenu puis reconduit de facto, alors qu’il a 79 ans en 2018 (il est de 1939) puis continue à exercer à 86 ans, avec une rémunération mensuelle estimée autour de 9 000 euros. Cette situation ne relève en rien de l’inertie administrative : elle suppose un choix actif et répété de l’exécutif, qui, à chaque étape, avait la possibilité de proposer un autre nom et a délibérément choisi de ne pas le faire. 2018, puis les années suivantes, Emmanuel Macron décide de maintenir Jack Lang à la présidence de l’Institut du monde arabe alors qu’il a 87 ans. Quatre-vingt-sept ans. Avec une rémunération publique confortable, pour diriger une institution censée penser l’avenir, le dialogue des cultures, l’ouverture au monde. Cette décision est une gifle générationnelle. Pourquoi s’acharner à conserver un octogénaire à ce poste, sinon par réflexe d’entre-soi, par fidélité mondaine, par paresse politique ? À 87 ans, on ne prépare pas l’avenir, on occupe la place. Et l’État, au lieu d’organiser la relève, a figé l’institution dans un passé muséifié. Voilà la faute lourde : la confiscation des responsabilités par une élite qui ne lâche jamais les rênes.
Epstein, révélateur d’un système de protection
L’irruption du nom de Jeffrey Epstein n’a pas créé le problème, elle l’a rendu impossible à ignorer. Courriels, montages financiers, sociétés offshore, services rendus : tout ce qui relevait jusque-là du non-dit mondain devient soudain matière judiciaire. Qu’aucun lien pénal n’ait, à ce stade, été établi entre Jack Lang et les crimes sexuels d’Epstein ne change rien à l’essentiel. Ce qui s’effondre, ce n’est pas seulement une trajectoire individuelle, c’est un système qui protège les siens jusqu’à l’indécence. La démission tardive de la présidence de l’Institut du monde arabe acte une vérité simple : quand on prolonge indéfiniment les mêmes figures, on finit par assumer leurs zones d’ombre. La gauche caviar aime parler de morale, mais elle vit de privilèges. Et tant que l’État préférera l’entre-soi à l’exemplarité, chaque scandale ne sera qu’un symptôme de plus d’une République confisquée par sa propre caste.








