Les JO 2026, organisés du 6 au 22 février à Milan et Cortina d’Ampezzo, constituent pour l’Italie bien davantage qu’un rendez-vous sportif. À mesure que l’échéance approche, le gouvernement affine un dispositif de sécurité qui engage directement l’autorité de l’État, son rapport à la souveraineté et sa capacité à gérer un événement d’ampleur mondiale sous contrainte sécuritaire élevée.
Un choix politique assumé de montée en puissance sécuritaire
Le dispositif prévu pour les JO 2026 repose sur une mobilisation exceptionnelle de moyens publics. Environ 6 000 membres des forces de l’ordre et près de 2 000 militaires seront déployés sur l’ensemble des sites de Milan-Cortina. Cette configuration traduit une décision politique claire : faire de la sécurité un pilier central de l’organisation des Jeux, au même titre que les infrastructures ou les transports.
L’exécutif italien assume la visibilité de cette présence. Les missions confiées aux forces armées couvrent la protection de sites sensibles, la surveillance de l’espace aérien et l’appui logistique aux forces de police. Des moyens lourds, incluant véhicules militaires, drones et systèmes de détection, seront engagés. Ce choix s’inscrit dans une logique de dissuasion, mais aussi de capacité de réaction rapide face à des scénarios de crise multiples.
Sur le plan budgétaire, l’effort est significatif. Environ 30 millions d’euros ont été engagés dès 2025 pour la sécurité, puis près de 114 millions d’euros sont programmés pour 2026. Ces montants témoignent d’un arbitrage politique net, dans un pays confronté à des contraintes budgétaires persistantes. Pour Rome, l’enjeu dépasse la seule tenue des JO 2026 : il s’agit de préserver la crédibilité de l’État et d’éviter tout incident aux conséquences diplomatiques ou politiques majeures.
JO 2026 : coopération internationale et ligne rouge sur la souveraineté
La préparation sécuritaire des JO 2026 s’appuie sur une coopération internationale renforcée. L’Italie travaille étroitement avec Interpol et Europol afin de fluidifier l’échange de renseignements et d’anticiper les menaces transnationales. Cette coordination est présentée par le gouvernement comme une nécessité opérationnelle face à des risques qui dépassent désormais les cadres nationaux.
La participation d’agents de Immigration and Customs Enforcement a toutefois mis en lumière une ligne politique sensible. Le ministre italien de l’Intérieur, Matteo Piantedosi, a publiquement rappelé que ces agents n’auraient « aucun rôle opérationnel » sur le sol italien. Il a souligné que leur présence s’inscrivait dans un cadre de coopération ancien, établi depuis plus de dix ans, strictement limité à des fonctions de liaison et de partage d’informations.
Cette clarification répond à un double impératif. D’une part, préserver l’efficacité du dispositif en s’appuyant sur des partenaires expérimentés. D’autre part, affirmer sans ambiguïté la souveraineté italienne sur la gestion des JO 2026. Pour l’exécutif, il s’agit d’éviter toute perception d’ingérence étrangère, dans un contexte politique où les questions de contrôle des frontières et d’autorité de l’État restent particulièrement sensibles.
JO 2026 : cybersécurité et gouvernance du risque, un tournant discret mais structurant
Au-delà des forces visibles, la sécurité des JO 2026 repose sur une architecture numérique désormais centrale. Les autorités italiennes ont confirmé avoir déjoué plusieurs cyberattaques visant des systèmes liés aux Jeux, notamment des plateformes institutionnelles et touristiques. Ces incidents ont accéléré l’intégration de la cybersécurité au cœur du commandement opérationnel.
Un centre de coordination fonctionnant en continu assure la surveillance des réseaux, la détection des intrusions et la gestion des incidents en temps réel. Cette organisation traduit une évolution doctrinale : le cyberespace est pleinement traité comme un champ de menace à part entière, au même titre que l’espace physique. Pour l’État italien, les JO 2026 deviennent ainsi un catalyseur de modernisation de sa gouvernance du risque.
Cette montée en puissance soulève néanmoins un enjeu durable. Comment concilier efficacité sécuritaire, respect des libertés publiques et acceptabilité sociale ? Le gouvernement italien mise sur une communication maîtrisée et sur un encadrement juridique strict des dispositifs déployés. Les JO 2026 apparaissent alors comme un révélateur, non seulement des capacités de l’Italie, mais aussi de sa conception contemporaine de l’action publique en matière de sécurité.












