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La crise du Groenland révèle-t-elle le retour du président Emmanuel Macron dans les relations internationales ?

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Crédit Photo NLTO | www.nlto.fr

Alors que son quinquennat a été marqué par des turbulences politiques internes, l’année 2026 voit Emmanuel Macron reconquérir une place centrale sur la scène internationale. Entre un discours remarqué au Forum économique mondial de Davos et sa posture ferme face aux États-Unis lors de la crise du Groenland, l’image d’un président stratège s’est de nouveau affirmé. Cet épisode marque-t-il le retour d’Emmanuel Macron ?

Davos : un discours qui dépasse les formules virales

Au Forum économique mondial de Davos, entre images virales et parodies, le président a livré une prise de parole jugée claire sur les enjeux globaux, notamment la nécessité d’une Europe plus forte et autonome. Plusieurs médias ont relaté que, lors de ce discours prononcé en anglais, il a émis la critique suivante : l’Union européenne est parfois trop lente à réformer et à agir, et nécessite une transformation profonde : « Sometimes is too slow, for sure, and needs to be reformed, for sure ». L’expression « for sure », devenue virale sur les réseaux sociaux, n’est pas seulement un gimmick : elle accompagne un message sur la nécessité d’un rééquilibrage stratégique et institutionnel au sein de l’Europe. En outre, dans le même discours, il a formulé une série de principes qui donnent toute sa dimension politique à sa déclaration : « Nous croyons qu’il faut davantage de croissance, qu’il faut plus de stabilité dans ce monde, mais nous préférons le respect aux intimidations, la science aux théories complotistes, et l’État de droit à la brutalité. ». Ce langage, prononcé devant l’élite politique et économique mondiale, révèle un positionnement assumé sur l’ordre international et la défense des normes collectives.

Crise du Groenland : la ferme défense des intérêts européens

La crise du Groenland a été un tournant dans les relations transatlantiques. Face à l’idée affichée de la part de Donald Trump d’acquérir le territoire, accompagnée de pressions commerciales menaçant d’imposer des tarifs punitifs, voire militaire, de nombreux acteurs européens ont réagi vigoureusement. Dans ce contexte, Paris a joué un rôle moteur en incarnant une ligne ferme : s’opposer aux mesures unilatérales et défendre la souveraineté européenne. La France a soutenu la mise en œuvre de l’instrument anti-contraintes de l’UE, perçu comme un « bazooka européen » face aux chocs politiques et économiques imposés par des puissances extérieures. Ce n’est pas une posture isolée mais une réponse collective, portée activement par la diplomatie française. Ce moment a produit chez une partie de l’opinion française à droite comme à gauche un sentiment de cohésion et de défense des intérêts européens : l’Europe n’est pas condamnée à subir, elle peut désormais parler et agir d’une seule voix.

Le retour d’un président qui s’affirme sur la scène mondiale

Le contraste est frappant entre la perception intérieure d’un président souvent critiqué et l’image projetée sur la scène internationale. La crise du Groenland, couplée au discours de Davos, a permis à Emmanuel Macron de retrouver une stature de leader impliqué dans les grands dossiers globaux, capable de faire entendre la voix européenne face aux défis de l’ordre mondial. Ce retour ne relève pas d’une image construite mais d’une combinaison de prises de position politiques réelles et de messages clairs sur la souveraineté, la coopération et la défense des normes internationales. Les assertions qu’il a faites à Davos sur la nécessité de préfére le respect aux intimidations et l’état de droit à la brutalité illustrent cette ligne politique assumée. 

En fin de compte, loin d’être un simple souffle médiatique, la crise du Groenland semble avoir marqué un moment décisif dans le rôle international d’Emmanuel Macron un moment où il a redéfini sa voix et sa place sur l’échiquier diplomatique mondial.

Chronologie de la crise du Groenland

2025 — Premiers signes de tension

7 janvier 2025 — Visite controversée de Donald Trump Jr. à Nuuk (Groenland), officiellement privée, perçue comme geste politique lié aux ambitions américaines sur le territoire. 

27 mars 2025 — La visite d’Usha Vance, épouse du vice-président américain J.D. Vance, suscite une vive réaction locale et danoise, renforçant l’impression d’ingérence américaine. 

15 juin 2025 — Emmanuel Macron visite Nuuk pour affirmer le soutien de la France et de l’Union européenne à la souveraineté du Groenland et du Danemark : « Greenland is not to be sold, not to be taken » (le Groenland n’est ni à vendre ni à prendre).

Début 2026 — Escalade et tensions transatlantiques

1er janvier 2026 — L’administration des États-Unis relance formellement la crise du Groenland en critiquant la défense européenne du territoire arctique et en insinuant que les options sont ouvertes pour renforcer la présence américaine ou même en prendre le contrôle. 

Janvier 2026 — Menaces américaines et réponse européenne

6 janvier 2026 — Déclaration commune de plusieurs dirigeants européens (France, Allemagne, Italie, Pologne, Espagne, Royaume-Uni, Danemark) réaffirmant que « la souveraineté, l’intégrité territoriale et l’inviolabilité des frontières » doivent être respectées et que « Greenland belongs to its people » — le Groenland appartient à son peuple et au Danemark. 

14–17 janvier 2026 — Trump intensifie la pression en menaçant d’imposer des droits de douane de 10 % puis 25 % sur les pays européens qui n’accepteraient pas une cession du Groenland aux États-Unis. 

17 janvier 2026 — Plusieurs pays européens, dont la France, l’Allemagne, la Suède et la Norvège, annoncent l’envoi de personnel militaire limité au Groenland, dans le cadre de l’opération dite Arctic Endurance, destinée officiellement à renforcer la sécurité dans la région — mais aussi à envoyer un signal politique clair.

19 janvier 2026 — Représentants américains présents à Davos appellent les Européens à ne pas répliquer par des mesures commerciales, au risque de nuire à l’accord commercial conclu en juillet. À cette date, Trump a refuse de renier explicitement l’option militaire dans ses déclarations publiques sur le Groenland, en insistant sur le fait que les États-Unis chercheraient à acquérir le territoire « par tous les moyens nécessaires » (by any means necessary), ce qui inclut potentiellement l’option militaire. Cette formulation a été rapportée dans plusieurs analyses et commentaires de crise. 

20 janvier 2026 — Ursula von der Leyen déclare à Davos que l’UE prépare un plan de soutien à la sécurité arctique, que « la souveraineté et l’intégrité territoriale du Danemark et du Groenland sont non négociables » et que toute riposte européenne serait « unifiée et proportionnée ». 

21 janvier 2026 — À Davos, dans un discours largement commenté, Donald Trump affirme qu’il ne recourra pas à la force pour obtenir le Groenland mais maintient sa demande de contrôle (« ownership ») et critique les dirigeants européens. Il annonce également un accord avec l’OTAN pour travailler sur un cadre de sécurité arctique plutôt que d’appliquer des sanctions commerciales immédiates. 

Fin janvier — Débat européen et désescalade

31 janvier 2026 — Les réactions européennes après le revirement apparent de Trump sont contrastées : certains parlementaires européens saluent la fermeté européenne, d’autres appellent à une voie diplomatique renforcée et à éviter toute escalade. 

Février 2026 — Conséquences et implications

3 février 2026 — L’OTAN commence officiellement la planification d’une mission Arctic Sentry pour renforcer la vigilance en Arctique, en réponse aux tensions suscitées par les déclarations américaines sur le Groenland. 

6 février 2026 — La France et le Canada annoncent l’ouverture de consulats à Nuuk pour marquer leur soutien au peuple groenlandais et à la souveraineté danoise. 

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