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La fortune des milliardaires augmente-t-elle vraiment ? Ou comment la politique fabrique de la haine sociale à partir de chiffres vrais et d’une réalité fausse

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Le podium des milliardaires
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Depuis des années, la même ritournelle est martelée par la classe politique et une partie de la presse : « les ultra-riches se sont enrichis de dizaines de milliards ». Bernard Arnault, Jeff Bezos, Elon Musk, François Pinault et quelques autres sont exhibés comme les symboles d’un système injuste. Le tour de passe-passe est toujours le même : on prend des chiffres exacts, mais on leur fait dire une chose fausse, en transformant une valorisation financière en argent réel afin de produire de la colère sociale là où il n’y a qu’une fluctuation de marché.

Des chiffres vrais pour raconter une histoire fausse

Quand un responsable politique affirme que la fortune d’un milliardaire a augmenté de vingt ou trente milliards, il ne ment pas sur l’arithmétique. Le cours de Bourse a monté, le nombre d’actions est connu, la multiplication est correcte. Mais la conclusion est fausse, parce qu’on a changé le statut du chiffre. On a transformé un prix de marché en revenu. C’est exactement le même raisonnement que si l’on disait à un propriétaire : votre appartement valait 700 000 euros l’an dernier, il vaut 1 million aujourd’hui, donc vous avez gagné 300 000 euros. Le chiffre est vrai, la réalité est fausse. Vous n’avez rien gagné tant que vous n’avez pas vendu, et vous pouvez perdre ces 300 000 euros demain si le marché se retourne. C’est précisément ce tour de passe-passe que la politique opère avec la Bourse. La valorisation devient une richesse, le potentiel devient du cash, le prix marginal devient une fortune liquide. Or la Bourse ne mesure que des prix pour des volumes minuscules. Elle ne dit rien de ce que vaudrait réellement 40 ou 50 % du capital d’une entreprise s’il fallait le vendre. La “fortune” d’un Bernard Arnault, d’un Jeff Bezos ou d’un Elon Musk est donc une fiction de liquidité, un chiffre qui suppose que des milliards d’euros d’actions pourraient être écoulés au même prix que quelques milliers, ce qui est économiquement impossible.

Quand la réalité rattrape la fiction

Le caractère mensonger de cette rhétorique apparaît dès que les cours chutent. Lorsque LVMH, Tesla ou Amazon perdent 15 ou 20 %, la “fortune” de leurs dirigeants fond de dizaines de milliards sur le papier, mais cette fois-ci plus personne n’en parle. Teleperformance en est un exemple criant. Cette entreprise, autrefois star du CAC 40, a vu son cours de Bourse s’effondrer en quelques années, détruisant l’essentiel de sa valorisation et expulsant le titre de l’indice. Les dirigeants et actionnaires qui étaient “riches sur le papier” ont vu cette richesse virtuelle disparaître. Et Teleperformance existe encore. D’autres n’ont pas eu cette chance. Enron, géant américain de l’énergie, valait des dizaines de milliards avant de s’écrouler en 2001 et de ne plus rien valoir du tout. Toutes les fortunes théoriques adossées à cette entreprise ont été pulvérisées. Voilà la vérité que la politique ne veut pas regarder : une fortune boursière est réversible, fragile et parfaitement capable de s’évaporer. Tant que l’on n’a pas vendu la fortune est purement virtuelle.

La vraie nature des grandes fortunes et la démagogie qui les entoure

Un milliardaire ne possède pas sa fortune sous forme de cash. Il possède des actions, donc du pouvoir, des dividendes et une exposition à l’avenir d’une entreprise. Le seul argent réel est celui qui est encaissé, sous forme de salaires, de dividendes ou de plus-values réalisées. Le reste est une estimation. À partir d’un certain niveau, l’argent n’est même plus un instrument de consommation. Quand on a des maisons, des châteaux, des voitures et des avions, accumuler encore quelques millions ne change plus rien. La grande fortune devient un instrument de contrôle de vastes organisations économiques. Bernard Arnault ne peut pas vendre LVMH sans détruire LVMH. Jeff Bezos ne peut pas liquider Amazon sans tuer Amazon. Elon Musk ne peut pas céder Tesla sans perdre le contrôle de Tesla. Leur richesse est industrielle et professionnelle, pas un coffre-fort rempli de billets. En manipulant des chiffres de valorisation pour les transformer en “enrichissement”, la classe politique fabrique de la colère artificielle et monte les Français les uns contre les autres. Elle stigmatise ceux qui créent des entreprises, de l’emploi et des recettes fiscales, tout en prétendant défendre les plus modestes. C’est une absurdité économique et une supercherie morale. La vraie richesse d’un pays, ce sont ses entreprises, ses investissements et ses emplois, pas les variations de pixels sur un écran de Bourse.

Conclusion
Oui, la valorisation des grandes fortunes fluctue. Non, cela ne signifie pas que leurs détenteurs encaissent des milliards. Utiliser des chiffres vrais pour raconter une réalité fausse est devenu l’un des principaux outils de la démagogie contemporaine. Et tant que l’on confondra le patrimoine avec des liquidités, on continuera à se tromper de combat. Nos hommes politiques sont incompétents et démagogues. Avec un tel cocktail la France est bien partie.

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