Depuis plusieurs semaines, l’Iran brandit la menace d’une « guerre régionale » en cas d’attaque occidentale. Derrière cette formule volontairement floue se dessine une réalité stratégique précise : les États du Golfe, hôtes de forces étrangères et liés par des accords de défense, pourraient être entraînés malgré eux dans un conflit élargi. Pour la France, engagée contractuellement aux côtés des Émirats arabes unis, la question n’est plus théorique.
La « guerre régionale » iranienne : une menace volontairement ambiguë
Lorsque les autorités iraniennes évoquent une « guerre régionale », elles ne désignent pas explicitement des États cibles, mais un périmètre. Cette rhétorique vise avant tout les États-Unis, mais elle englobe de facto l’ensemble des territoires susceptibles de servir de plateformes militaires à une action contre l’Iran. Bases aériennes, ports militaires, centres de commandement ou de renseignement deviennent alors des éléments du champ de bataille potentiel. Cette ambiguïté est stratégique. Elle permet à Téhéran de dissuader sans déclarer, de menacer sans désigner formellement, et surtout de conserver une marge de manœuvre dans l’attribution des responsabilités. Dans ce schéma, les pays du Golfe – Arabie saoudite, Qatar, Émirats arabes unis – ne sont pas présentés comme des ennemis directs, mais comme des espaces exposés par leur alignement sécuritaire avec l’Occident. La prudence affichée par ces États, qui multiplient les signaux de non-belligérance et de désescalade, montre qu’ils se sentent objectivement concernés par cette menace diffuse.
Les accords de défense : un filet juridique qui peut devenir un piège stratégique
C’est ici que la situation française devient singulière. La France n’est pas un acteur extérieur neutre dans le Golfe : elle est liée par des accords de défense formels, au premier rang desquels celui signé avec les Émirats arabes unis en 2009. Cet accord engage Paris à contribuer à la défense de la souveraineté et de l’intégrité territoriale émirienne en cas d’agression extérieure. Contrairement à des coopérations militaires souples ou à de simples partenariats, cet engagement est juridiquement structurant. Il ne garantit pas une automaticité mécanique, mais il crée une obligation politique forte : si le territoire des Émirats était frappé et que l’attaque était qualifiée d’agression étatique, la France ne pourrait rester spectatrice. Dans un contexte de guerre régionale, où les frappes peuvent être indirectes, hybrides ou menées par des acteurs interposés, la question de l’attribution devient centrale. Mais le risque est clair : un incident majeur sur le sol émirien pourrait suffire à enclencher une logique de solidarité militaire.
Le risque d’entraînement : de la dissuasion à la guerre réelle
Le danger n’est pas celui d’une volonté française d’entrer en guerre contre l’Iran. Il réside dans l’enchaînement des engagements, des perceptions et des seuils. Une frappe sur une base, une atteinte à une infrastructure stratégique, ou une escalade mal maîtrisée peuvent transformer une posture dissuasive en confrontation ouverte. La « guerre régionale » évoquée par Téhéran n’est pas une figure de style : c’est un concept opératoire qui intègre les alliances, les accords de défense et les présences militaires étrangères. Dans ce cadre, la France est déjà dans l’équation. La vraie question n’est donc pas de savoir si Paris souhaite la guerre, mais s’il a pleinement mesuré les implications de ses engagements dans un environnement où la dissuasion repose désormais sur l’ambiguïté et le risque calculé. Dans le Golfe, ce calcul peut très vite basculer.








