La France perd son double A : huit ans de glissement pour la note de la dette

Depuis 2017, la France a perdu plusieurs crans sur l’échelle de confiance des agences de notation. La récente dégradation décidée par S&P Global Ratings, qui ramène la note souveraine de AA- à A+, marque un tournant : la dette française quitte définitivement la catégorie « double A ». Ce recul s’inscrit dans une lente érosion, amorcée dès le premier quinquennat d’Emmanuel Macron, face à des finances publiques fragilisées et à la hausse du coût des intérêts.

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Fitch note la France AA, perspective négative… par crainte de la dette
La France perd son double A : huit ans de glissement pour la note de la dette © www.nlto.fr

Le 17 octobre 2025, S&P Global Ratings a abaissé la note de la dette souveraine de la France de AA- à A+, invoquant « une incertitude élevée sur les finances publiques et la trajectoire budgétaire » (Euronews, 18 octobre 2025). Cette dégradation intervient dans un contexte de croissance faible et d’instabilité politique accrue. L’agence maintient toutefois une perspective stable, estimant que la France conserve une capacité de remboursement solide, mais souligne que la dette pourrait atteindre 121 % du PIB d’ici 2028.

Huit ans d’évolution des notations : de la stabilité à la dégradation

En mai 2017, à l’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Élysée, la France bénéficiait encore d’une réputation de crédit stable. Moody’s lui attribuait la note Aa2 avec perspective stable, S&P maintenait un double A (AA), et Fitch Ratings plaçait également le pays dans cette catégorie supérieure. À l’époque, les trois agences saluaient la volonté réformatrice du nouveau gouvernement et sa promesse de maîtriser la dette tout en stimulant la croissance. Les premiers ajustements du marché du travail et la réforme fiscale avaient renforcé cette impression de stabilité.

Mais dès 2020, la pandémie de Covid-19 modifie radicalement les perspectives. La dette publique dépasse 115 % du PIB à la fin de l’année, après un plan de soutien massif. Les agences conservent alors leurs notes, mais changent de ton. S&P et Moody’s abaissent leurs perspectives à « négatives », signalant que la trajectoire des finances publiques dépendra d’un redressement rapide des comptes. En 2023, Fitch Ratings franchit le pas : la note française passe de AA à AA-, au motif que « l’endettement élevé et la faible croissance potentielle limitent la flexibilité budgétaire » (Fitch Ratings, avril 2023).

L’année suivante, le 31 mai 2024, S&P abaisse à son tour la note de la France de AA à AA-, évoquant « une dette publique et un déficit plus importants que prévu » (Reuters, 31 mai 2024). Quelques mois plus tard, Moody’s réduit également sa note d’un cran, de Aa2 à Aa3, avec perspective stable, estimant que « la consolidation budgétaire sera lente et soumise à des aléas politiques » (Moody’s, 13 décembre 2024). Enfin, Fitch abaisse une nouvelle fois sa notation en septembre 2025, de AA- à A+, avant que S&P, le 17 octobre 2025, ne fasse de même. La France perd ainsi, pour les trois principales agences, son rang de pays « double A », conservé sans interruption depuis 2013.

Les trois agences convergent vers le même constat : la dette reste soutenable, mais elle croît plus vite que les capacités de l’économie à la stabiliser. En 2017, le ratio dette/PIB s’élevait à 98 %. En 2024, il atteignait 112 %, et S&P prévoit désormais 121 % en 2028. Le déficit public reste, selon le ministère de l’Économie, de 5,4 % du PIB en 2025, avant une réduction attendue à 4,7 % en 2026 et 3 % en 2029.

Les arguments de S&P : incertitude politique et finances publiques sous tension

Dans sa décision d’octobre 2025, S&P Global Ratings estime que « la France traverse sa plus grave instabilité politique depuis la fondation de la Cinquième République », détaille Euronews. L’agence cite les motions de censure et la suspension de la réforme des retraites comme facteurs d’incertitude, considérant qu’ils fragilisent la crédibilité de la stratégie budgétaire. Ce contexte, selon l’agence, pourrait peser sur l’investissement privé et ralentir la croissance, limitant la capacité du pays à réduire la dette.

L’économiste Anne-Laure Delatte, interrogée par BFM Business, note que « la France reste solvable mais moins prévisible : les marchés intègrent un risque politique nouveau ». S&P a d’ailleurs précisé dans son communiqué : « Nous nous attendons à ce que l’incertitude politique affecte l’économie française en freinant l’investissement et la consommation, et donc la croissance ». L’agence anticipe une charge d’intérêts dépassant 55 milliards d’euros dès 2027, contre environ 42 milliards en 2023.

Pour l’exécutif, la dégradation ne remet pas en cause la crédibilité financière du pays. Le ministre de l’Économie, Roland Lescure, a déclaré que « le gouvernement reste déterminé à respecter les objectifs budgétaires » et que « le retour à 3 % de déficit d’ici 2029 demeure inchangé ». Les marchés ont d’ailleurs réagi modérément : le rendement à dix ans n’a augmenté que de 5 points de base, signe que la dette française conserve une solide base d’investisseurs.

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