Alors que les frappes contre les infrastructures militaires iraniennes se poursuivent, plusieurs indices suggèrent que la stratégie occidentale pourrait évoluer vers une phase différente du conflit. Selon une analyse publiée par le site Enderi la suite des opérations pourrait reposer moins sur une intervention militaire directe que sur une stratégie combinant guerre psychologique, actions clandestines et mobilisation des oppositions internes.
Des préparatifs discrets autour des forces spéciales américaines
Des informations récemment révélées par Intelligence Online indiquent que plusieurs sociétés travaillant pour le Pentagone ont engagé ces derniers jours des campagnes de recrutement ciblées. Les profils recherchés sont particulièrement révélateurs : linguistes persanophones, spécialistes culturels familiers de la société iranienne et experts capables d’intervenir dans des environnements sensibles avec des habilitations de sécurité élevées. Ces recrutements sont destinés à soutenir les activités du United States Special Operations Command (USSOCOM), dont le quartier général se trouve sur la base de MacDill en Floride. Plusieurs entreprises sous contrat avec le département de la Défense, notamment Peraton, Lukos, Valiant ou Strategic Resilience Group, participent à cette recherche accélérée de profils très spécifiques. Dans l’histoire récente des interventions américaines, ce type de mobilisation est généralement observé dans les phases préparatoires d’opérations spéciales. Les forces spéciales ont en effet besoin d’équipes capables de comprendre les réalités culturelles, sociales et politiques locales afin de préparer des missions clandestines ou des contacts avec des acteurs locaux. Toutefois, l’hypothèse d’un déploiement massif de forces spéciales sur le territoire iranien reste considérée par de nombreux analystes comme peu probable. L’Iran est un pays vaste, doté d’un appareil sécuritaire solide et d’une capacité de réaction importante. Une intervention directe comporterait des risques considérables. Ces recrutements pourraient donc avoir un objectif différent : préparer un environnement opérationnel pour des actions indirectes plutôt que pour une présence militaire visible.
La montée en puissance de la guerre informationnelle
Un autre élément mis en évidence par Intelligence Online concerne la recherche de spécialistes des Military Information Support Operations (MISO). Ces unités sont chargées de conduire des opérations de communication stratégique et d’influence destinées à agir sur les perceptions et les comportements des populations ciblées. Dans un contexte comme celui de l’Iran, ces opérations peuvent consister à amplifier les tensions sociales, encourager les contestations internes ou fragiliser la légitimité du pouvoir en place. Les opérations psychologiques constituent aujourd’hui un outil central des stratégies de puissance. Elles s’appuient sur des campagnes d’influence, des actions informationnelles et des réseaux de communication capables de toucher directement les populations locales. Ces dispositifs sont rarement mis en œuvre par les seules forces armées. Ils impliquent généralement une coordination entre plusieurs administrations américaines. La CIA joue notamment un rôle important dans ce domaine à travers son Political Action Group, chargé de conduire des opérations d’influence politique clandestine. D’autres institutions peuvent également être mobilisées, comme le département d’État, le Trésor ou encore certaines agences fédérales impliquées dans les stratégies de pression économique et informationnelle.
Vers une seconde phase centrée sur la déstabilisation interne
Si l’on analyse l’évolution du conflit, un schéma stratégique relativement classique semble se dessiner. Les frappes militaires actuelles visent avant tout à réduire les capacités opérationnelles des structures sécuritaires iraniennes, en particulier celles des Gardiens de la révolution et des appareils de contrôle du régime. Une fois ces structures affaiblies, la phase suivante pourrait consister à exploiter les fragilités internes du pays. Dans ce scénario, les opérations militaires laisseraient progressivement place à une stratégie d’influence et de déstabilisation politique. Les services de renseignement occidentaux pourraient alors soutenir de manière indirecte différents réseaux d’opposition présents en Iran ou au sein de la diaspora. Les services israéliens, notamment le Mossad, sont souvent évoqués dans ce type d’opérations clandestines. Certains services de renseignement des États du Golfe pourraient également jouer un rôle dans ce dispositif en apportant des ressources logistiques ou financières à des groupes opposés au régime. L’objectif ne serait pas nécessairement une insurrection immédiate, mais plutôt la création d’un climat de contestation suffisamment fort pour fragiliser durablement le pouvoir iranien. Des armes pourraient être livrée pour créer un climat pré insurrectionnel. Dans l’histoire contemporaine, plusieurs stratégies de changement politique ont reposé sur ce type de combinaison entre pression extérieure et mobilisation interne. Dans le cas iranien, un tel scénario resterait toutefois incertain. Le régime dispose encore d’instruments de contrôle puissants et d’une capacité importante de répression. Mais les indices observés ces derniers jours dans les milieux militaires et du renseignement laissent penser que les États-Unis et leurs alliés se préparent déjà à cette phase plus discrète du conflit, où la bataille se jouerait autant dans les perceptions et dans la rue que sur le terrain militaire.








