Il y a trois décennies, une initiative originale voyait le jour pour faire découvrir au grand public un univers souvent méconnu, celui des rapaces nocturnes. Cette année encore, la Nuit de la Chouette revient pour une seizième édition qui s’étendra tout au long du mois de mars 2025. Organisé par la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO), cet événement biennal veut familiariser les curieux avec ces oiseaux fascinants, tout en rappelant les nombreuses menaces qui pèsent sur eux.
Une rendez-vous biennal pour les amateurs de la nature
Depuis sa création en 1994, la Nuit de la Chouette s’est imposée comme un rendez-vous incontournable pour les amateurs de nature. Son succès repose sur une approche immersive et participative, portée par un réseau d’associations locales, de naturalistes et de passionnés qui organisent des centaines d’animations partout en France. Qu’il s’agisse de sorties nocturnes à la découverte des chouettes et hiboux, d’ateliers pédagogiques ou de conférences sur leur biologie et leur rôle écologique, les participants ont l’occasion d’explorer un monde souvent relégué à l’imaginaire.
Alors que l’activité humaine modifie sans cesse les écosystèmes, l’édition de 2025 prend une dimension particulière. Pour la première fois, la LPO publie une évaluation complète des populations françaises de rapaces nocturnes, fruit d’une enquête menée sur plusieurs années. Si certaines espèces montrent une stabilité relative, d’autres voient leur effectif diminuer sous l’effet combiné de la disparition des habitats, des pesticides et de l’urbanisation croissante. L’intensification agricole a conduit à la suppression de nombreuses haies et bosquets, éléments essentiels pour la survie des petits mammifères et insectes qui constituent la base alimentaire des rapaces nocturnes. La raréfaction des vieilles bâtisses, des combles et des granges, remplacés par des structures modernes hermétiques, prive certaines espèces de sites de nidification adaptés.
Alerte sur le risque de disparition de certaines espèces
Le constat est particulièrement alarmant pour des espèces comme l’effraie des clochers, souvent victime de collisions routières, ou la chevêche d’Athéna, dont les effectifs chutent à mesure que l’agriculture intensive gagne du terrain. D’autres, comme le hibou des marais, subissent les conséquences directes du drainage des zones humides et du recul des prairies naturelles. La pollution lumineuse représente également un problème de taille, perturbant les rythmes biologiques de ces oiseaux adaptés à l’obscurité. Moins visibles que les espèces diurnes, les rapaces nocturnes restent largement méconnus du grand public, rendant leur protection plus difficile à défendre face aux intérêts économiques et à l’artificialisation des paysages.
Pour tenter d’endiguer la tendance et peut-être sauver des espèces, la LPO et ses partenaires mettent en place des actions concrètes pour favoriser la conservation des chouettes et hiboux. En lançant un vaste programme d’installation de nichoirs dans les zones les plus touchées par la disparition des habitats naturels, les associations espèrent fournir un refuge à certaines espèces en difficulté.
Si la Nuit de la Chouette s’inscrit dans une démarche éducative, elle est aussi une célébration de la biodiversité nocturne. Pour beaucoup, cette immersion dans l’univers des rapaces nocturnes constitue une révélation, une prise de conscience de la richesse insoupçonnée qui peuple nos nuits. Observer une chouette hulotte posée sur une branche, entendre le cri du hibou moyen-duc résonner dans la nuit ou apercevoir la silhouette d’un grand-duc d’Europe en vol est une expérience marquante, qui pousse à reconsidérer notre rapport à la nature. Chaque édition de la Nuit de la Chouette permet d’informer les citoyens sur les bons gestes à adopter : limiter l’usage des pesticides dans les jardins, préserver les vieux arbres et bâtisses, ou encore réduire l’éclairage artificiel aux abords des zones naturelles.








