Début décembre 2025, l’UE a lancé une inspection non annoncée dans les locaux irlandais de Temu, déclenchant une nouvelle phase de confrontation entre Bruxelles et l’entreprise chinoise. L’enquête, qui porte sur des subventions étrangères jugées potentiellement illégales, marque un tournant majeur dans la régulation du commerce en ligne. Temu, dont la progression fulgurante en Europe inquiète de plus en plus les autorités, se retrouve ainsi au cœur d’un dossier stratégique mêlant concurrence, aides d’État et tensions économiques entre Chine et Union européenne.
Une perquisition en Irlande qui marque l’offensive réglementaire de l’Union européenne sur Temu
Le cœur de l’enquête se trouve à Dublin, où Temu a installé son siège européen. C’est dans ces locaux que les régulateurs européens ont mené une inspection surprise dans le cadre du Foreign Subsidies Regulation. L’opération, réalisée la semaine précédant le 10 décembre 2025, constitue la première intervention d’une telle ampleur visant une plateforme chinoise de commerce en ligne. La Commission européenne a confirmé l’existence de cette inspection, précisant qu’elle avait été conduite « en vertu du règlement sur les subventions étrangères », comme l’a indiqué un porte-parole selon Reuters.
Cette offensive se déroule alors que l’Irlande, souvent choisie comme porte d’entrée européenne par les multinationales, se retrouve au centre des préoccupations. La localisation irlandaise de Temu, combinée à son modèle logistique articulé autour de flux continus depuis la Chine, nourrit des interrogations sur l’étendue des avantages économiques dont l’entreprise aurait bénéficié. La Commission cherche notamment à déterminer si Temu a profité de prêts préférentiels, allègements fiscaux ou financements publics de Pékin. Ces soupçons s’inscrivent dans une dynamique plus large d’examen des pratiques chinoises, alors que 92 % des colis de faible valeur entrant dans l’Union en 2024 provenaient de Chine selon le Financial Times.
Des soupçons de fausses conditions de concurrence nourris par une croissance explosive
L’un des motifs majeurs de l’intervention européenne réside dans la progression spectaculaire de Temu sur le marché continental. La plateforme, lancée en Europe en avril 2023, revendique désormais environ 116 millions d’utilisateurs mensuels moyens, selon Reuters. Ce chiffre illustre un essor rarement observé dans le secteur, accéléré par un modèle dit consumer-to-manufacturer qui relie directement les consommateurs à des usines chinoises. Grâce à cette architecture, Temu réduit drastiquement ses coûts et contourne plusieurs intermédiaires, ce qui lui permet d’inonder le marché européen de produits à bas prix. Toutefois, cette stratégie alimente les soupçons de Bruxelles : plus le modèle est agressif, plus la probabilité d’un soutien étatique apparaît crédible aux yeux des autorités.
En parallèle, le cadre réglementaire européen évolue pour répondre à ces transformations. L’Union prévoit ainsi de supprimer en 2026 l’exonération douanière applicable aux colis d’une valeur inférieure à 150 euros. Cette réforme douanière vise explicitement à réduire l’avantage compétitif dont bénéficient les plateformes chinoises grâce à l’expédition directe depuis leur pays d’origine. Les détaillants européens exigent depuis plusieurs années que ces règles soient révisées afin de compenser une asymétrie qu’ils jugent insoutenable. Dans ce contexte, l’enquête contre Temu apparaît comme l’un des premiers tests grandeur nature du dispositif FSR, avec la possibilité d’amendes pouvant atteindre 10 % du chiffre d’affaires mondial en cas d’infraction, comme le rappelle Reuters.
Un cumul de pressions réglementaires : le Digital Services Act complète l’offensive
L’action de Bruxelles contre Temu ne se limite pas à la question des subventions chinoises. L’entreprise fait déjà l’objet d’une procédure distincte au titre du Digital Services Act, qui impose aux grandes plateformes des obligations renforcées en matière de sécurité des consommateurs et de transparence algorithmique. Selon la Law Society Gazette, la Commission européenne a identifié un « risque élevé » de commercialisation de produits illégaux ou non conformes sur la plateforme. Cette évaluation, particulièrement sévère, expose Temu à des sanctions pouvant atteindre 6 % de son chiffre d’affaires mondial si les manquements sont confirmés.
Ces préoccupations viennent s’ajouter aux accusations récurrentes concernant l’insuffisance des contrôles qualité, la difficulté à retracer l’origine des produits et la multiplication de plaintes liées à des achats dangereux ou frauduleux. Temu, pour sa part, n’a pas immédiatement répondu aux demandes de commentaires selon Reuters, ce qui témoigne d’une stratégie de communication prudente. La conjugaison des enquêtes FSR et DSA place néanmoins l’entreprise dans une position délicate : l’UE attaque simultanément son modèle économique et ses pratiques opérationnelles, ce qui constitue une pression inédite pour un acteur aussi jeune sur le marché.












