Le débat sur la sécurité publique se résume souvent à des chiffres, des statistiques et des prises de position politiques. Avec Renfort collègue, Alexandre Vigier déplace le regard. À travers des chroniques inspirées du réel, il montre la dimension humaine d’un métier exposé en permanence à la violence, à la détresse et à une pression institutionnelle peu visible. Un témoignage qui oblige à repenser la manière dont on parle de police.
Le titre du livre est un code radio. « Renfort collègue » signifie qu’un policier est en danger immédiat. Cette alerte résume l’esprit de l’ouvrage. Ici, pas de police spectaculaire ni de récit héroïque. Alexandre Vigier décrit le quotidien, celui que le grand public ne voit jamais, mais qui structure pourtant la vie de milliers de fonctionnaires. Dès les premières pages, une donnée frappe. Le taux de suicide chez les policiers est nettement supérieur à celui du reste de la population. Cette réalité sert de fil conducteur à un récit qui montre comment l’usure psychologique s’installe, lentement, au contact d’un métier où l’on croise en permanence la misère, la violence et parfois la mort.
Quand le terrain ne ressemble pas aux discours
L’auteur décrit des commissariats vétustes, des vestiaires insalubres, des véhicules usés. Ces détails ne sont pas décoratifs. Ils traduisent un décalage entre le discours officiel sur la sécurité et les conditions matérielles de ceux qui la garantissent. Le cadre de travail devient lui-même un facteur d’usure. Alexandre Vigier met aussi en lumière un autre phénomène moins visible. La pression des chiffres. Depuis plusieurs années, la police fonctionne avec des objectifs statistiques. Nombre d’interpellations, de procédures, de résultats mesurables. Cette logique, issue d’une gestion administrative, entre en tension avec la réalité d’un métier fondé sur l’imprévisible. On ne programme pas une intervention comme un indicateur de performance. Pourtant, ces tableaux de suivi influencent le quotidien des équipes. Les priorités ne viennent plus toujours du terrain, mais de ce qu’il faut pouvoir comptabiliser.
Au fil des chapitres, le lecteur découvre ce que voit un policier et qu’il n’oublie jamais. Des scènes de violence familiale, des victimes, des interventions sous tension extrême. Ces images ne disparaissent pas en fin de service. Elles accompagnent les policiers longtemps après avoir quitté l’uniforme. Face à cela, une chose tient. La solidarité entre collègues. Cette fraternité n’est pas une formule. Elle est présentée comme une condition de survie. Quand l’alerte retentit, il n’y a plus que l’équipage, la confiance absolue et la certitude de ne pas laisser l’un des siens seul.
Renfort collègue ne cherche ni à glorifier ni à excuser. Il montre une réalité méconnue, celle d’une sécurité publique ingrate mais essentielle. Et il pose une question simple. Comment peut-on exiger autant de ceux qui protègent sans vraiment connaître leurs conditions d’exercice.









