Le 16 février 2026, l’Assemblée nationale examine une proposition de loi visant à encadrer et autoriser l’usage de caméra augmentée par intelligence artificielle dans les commerces. Porté par le député Paul Midy, le texte entend répondre à la hausse du vol en magasin, tout en fixant un cadre légal à une surveillance déjà pratiquée dans plusieurs enseignes.
Caméra et intelligence artificielle : ce que le gouvernement pourrait autoriser en magasin
La proposition de loi prévoit d’autoriser explicitement la caméra dite « augmentée » dans les magasins, c’est-à-dire un dispositif de surveillance couplé à une intelligence artificielle capable d’analyser en temps réel les comportements. Concrètement, comme l’a expliqué Paul Midy devant les députés, « Si quelqu’un regarde à gauche et à droite, puis met des bouteilles dans sa veste, le commerçant recevra un signal attirant son attention sur ce comportement », relaye LCP. Ainsi, la caméra ne se contenterait plus d’enregistrer des images ; elle interpréterait des gestes jugés suspects et déclencherait une alerte, ce qui transformerait profondément la surveillance en magasin.
Le texte vise à régulariser une pratique déjà répandue. Selon CNEWS, entre 2 000 et 3 000 commerces utiliseraient déjà des systèmes de caméra dotés d’intelligence artificielle, malgré l’absence de base légale claire. Le gouvernement chercherait à encadrer juridiquement ces outils, plutôt qu’à les interdire. Une phase d’expérimentation pourrait être prévue jusqu’à fin 2027, avec une autorisation délivrée par le préfet après avis de la CNIL. En théorie, la caméra ne pourrait ni recourir à la reconnaissance biométrique ni conserver des données personnelles au-delà du strict nécessaire, ce qui serait présenté comme une garantie pour la vie privée.
Efficacité : des chiffres qui séduisent la grande distribution
Du côté des enseignes, l’argument économique pèse lourd. Le vol à l’étalage représenterait entre 1 % et 4 % du chiffre d’affaires des petits commerces, selon des éléments cités par LCP. À l’échelle mondiale, les pertes liées au vol atteindraient 120 milliards d’euros par an, toujours selon la même source. Dès lors, la caméra augmentée apparaît comme une réponse technologique à une érosion des marges déjà fragilisées par l’inflation et la concurrence.
Surtout, certains distributeurs mettent en avant des résultats concrets. D’après Le Parisien, dans les magasins où ces systèmes de surveillance ont été installés, le vol aurait baissé « de 20 % à 50 % ». De fait, la caméra alimentée par intelligence artificielle rendrait « compliqué pour les clients de nier » les faits, explique le quotidien. Toutefois, cette efficacité repose sur une analyse algorithmique des comportements, ce qui soulève une question centrale : jusqu’où la surveillance peut-elle s’étendre dans un magasin sans porter atteinte à la vie privée des clients ordinaires ?
Cependant, la caméra augmentée cristallise les inquiétudes sur la vie privée. Lors des débats, des députés de gauche et du centre ont rappelé que « Les enjeux sont sensibles en matière de libertés publiques », selon CNEWS. Autrement dit, la surveillance algorithmique en magasin pourrait constituer un précédent. En effet, si la loi autorise la caméra à analyser les gestes et postures des clients, certains redoutent une banalisation de ces outils dans d’autres espaces du quotidien.








