Derrière l’intrigue du film One Battle After Another avec Leonardo DiCaprio, il n’y a pas une histoire vraie précise, mais une réalité historique bien réelle : celle d’une génération de militants américains qui, à la fin des années 1960, ont décidé de passer à la clandestinité pour mener une lutte révolutionnaire contre leur propre pays.
Une génération radicalisée par la guerre du Vietnam
À la fin des années 1960, les États-Unis traversent une crise politique majeure. La guerre du Vietnam, les tensions raciales et les assassinats politiques – notamment ceux de Martin Luther King Jr. en 1968 et de Robert F. Kennedy la même année – radicalisent une partie de la jeunesse américaine. Dans les universités, le mouvement étudiant Students for a Democratic Society devient l’un des principaux foyers de contestation contre la guerre. Mais une fraction de ce mouvement estime rapidement que les manifestations pacifiques ne suffisent plus. En 1969, une branche radicale décide de passer à l’action clandestine : ce groupe prend le nom de Weather Underground. Son objectif est clair : mener une lutte révolutionnaire contre ce qu’il considère comme l’impérialisme américain et soutenir les mouvements révolutionnaires dans le monde.
les attentats symboliques et la vie dans la clandestinité
Le Weather Underground entre dans l’histoire lors des violentes manifestations appelées les « Days of Rage » à Chicago en 1969. Rapidement, ses membres passent à une stratégie de clandestinité. En mars 1970, un événement va marquer un tournant : une explosion accidentelle dans une maison conspirative à New York tue trois militants qui préparaient une bombe destinée à une base militaire. Après cet accident, l’organisation décide d’éviter les attaques susceptibles de tuer des civils et privilégie des attentats symboliques contre des bâtiments gouvernementaux. Dans les années qui suivent, des bombes sont placées notamment contre le Capitole américain, le Pentagone ou des bâtiments de police, généralement après un appel téléphonique d’avertissement pour éviter des victimes. Parallèlement, les militants vivent sous de fausses identités, changeant constamment de ville pour échapper aux autorités. Le FBI lance alors une vaste traque, notamment dans le cadre du programme de contre-espionnage COINTELPRO, destiné à infiltrer et neutraliser les mouvements radicaux.
de la révolution à la vie ordinaire
Au milieu des années 1970, le mouvement révolutionnaire américain s’essouffle. La guerre du Vietnam s’achève et la plupart des militants clandestins finissent par se rendre ou par sortir progressivement de la clandestinité. Certains sont jugés, mais de nombreuses poursuites sont abandonnées en raison d’irrégularités dans les enquêtes du FBI. Plusieurs anciens dirigeants du Weather Underground vont alors refaire leur vie dans la société américaine. Des figures comme Bill Ayers ou Bernardine Dohrn deviennent universitaires, enseignants ou juristes. Cette transformation, des révolutionnaires clandestins devenus des citoyens ordinaires, fascine les écrivains et les cinéastes. C’est précisément ce thème qu’explore le roman Vineland de Thomas Pynchon, dont s’inspire librement le film de Paul Thomas Anderson. L’histoire du film imagine ce qui pourrait arriver si le passé radical de ces militants resurgissait brutalement des décennies plus tard.
Ainsi, même si le film n’est pas l’adaptation d’un fait divers précis, il plonge ses racines dans une période bien réelle de l’histoire américaine : celle où une partie de la jeunesse, convaincue que la révolution était possible, a choisi la clandestinité et la lutte armée contre l’État.








