Mes articles consacrés à la Seconde Guerre mondiale et à la complexité du positionnement des différentes mouvances politiques rencontrent un succès inattendu auprès des lecteurs. L’un d’entre eux, récemment publié, a suscité un commentaire particulièrement intéressant : un lecteur soulignait que le 26 septembre 1939 tous les cadres communistes avaient été arrêtés en France et que de ce fait ils ne pouvaient pas résister. Cette question mérite un éclairage historique précis, car elle renvoie à un épisode souvent mal compris de l’histoire politique française au début de la guerre.
La dissolution du Parti communiste dans un contexte de guerre
Le 26 septembre 1939, quelques semaines après l’entrée en guerre de la France contre l’Allemagne, le gouvernement dirigé par Édouard Daladier décide de dissoudre le Parti communiste français. La décision intervient dans un climat politique extrêmement tendu, marqué par la signature du Pacte germano-soviétique le 23 août 1939 entre Joseph Staline et Adolf Hitler. Pour une grande partie de l’opinion et pour les autorités françaises, ce pacte est une alliance de circonstance entre deux régimes totalitaires et jette un soupçon sur les partis communistes occidentaux, considérés comme liés à Moscou. Dans ce contexte, le gouvernement français estime que le PCF peut constituer un facteur de déstabilisation intérieure pro nazi alors que le pays entre dans un conflit existentiel avec son voisin allemand. Le décret du 26 septembre entraîne l’interdiction du parti, la fermeture de ses locaux, la saisie de ses biens et la suppression de ses publications, dont le journal L’Humanité.
Une répression progressive jusqu’à la défaite de 1940
Entre l’automne 1939 et le printemps 1940, la répression contre les communistes s’intensifie. Des centaines de responsables et militants sont arrêtés pour reconstitution de ligue dissoute, propagande défaitiste ou activité clandestine. Les élus communistes sont particulièrement visés : 44 députés du Parti communiste français sont traduits devant la justice après avoir refusé de condamner le Pacte germano-soviétique. Le 3 avril 1940, le tribunal militaire de Paris les condamne à des peines de prison allant généralement de cinq ans d’emprisonnement à cinq ans de privation de droits civiques, ainsi qu’à la déchéance de leur mandat parlementaire. Plusieurs dirigeants du parti sont incarcérés dans différentes prisons françaises ou internés administrativement dans des camps. Le secrétaire général du parti, Maurice Thorez, mobilisé dans l’armée française, déserte en octobre 1939 et se réfugie en Union soviétique. La défaite française de juin 1940 modifie profondément leur situation. Contrairement à une idée parfois répandue, les prisonniers communistes ne sont pas immédiatement libérés à l’arrivée de l’armée allemande. Dans de nombreux cas, l’administration française maintient leur détention et les transfère vers d’autres prisons ou camps. Certains seront ensuite remis aux autorités d’occupation ou maintenus en internement par le régime de Vichy. À partir de 1941, après l’attaque de l’Union soviétique par l’Allemagne lors de l’Opération Barbarossa, les communistes emprisonnés deviennent même des cibles prioritaires de la répression allemande. Plusieurs sont déportés vers des camps de concentration ou fusillés comme otages. Ainsi, les cadres communistes arrêtés à partir de 1939 passent pour beaucoup de la répression de la IIIᵉ République à celle du régime de Vichy puis de l’occupant allemand, dans un continuum répressif qui durera toute la guerre. Mais tous les communistes ne sont pas internés. Il s’agit des cadres et pas des militants. Ceux qui ne sont pas inquiétés, la majorité, vont attendre l’invasion de l’Union Soviétique pour se mettre à résister. Ils vont constituer de solides réseaux notamment celui des FTP très efficace pour la libération.









