Le marché mondial de l’armement en 2024

En cinq ans, les États-Unis ont fourni 64 % des armes importées par l’Europe, contre 35 % en 2015-2019.

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Le lobby des armes veut faire de l’armement une industrie RSE
Le marché mondial de l’armement en 2024 © www.nlto.fr

L’industrie mondiale de l’armement a poursuivi sa transformation entre 2020 et 2024. Le dernier rapport du Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI) publié le 10 mars 2025 confirme un renforcement des ventes d’armes sur fond de conflits majeurs et de rivalités stratégiques croissantes. Les États-Unis renforcent leur domination, l’Europe accélère son réarmement, l’Ukraine devient le premier importateur mondial et la Russie subit un recul sans précédent.

L’Europe et l’Asie-Pacifique ont été les principales zones de croissance du marché, absorbant une part importante des exportations américaines et européennes. L’effondrement des exportations russes a redessiné la hiérarchie des fournisseurs mondiaux, tandis que des pays comme la France et l’Italie ont su tirer parti de cette recomposition.

L’Europe en pleine réarmement et une dépendance accrue aux États-Unis

Le conflit en Ukraine a transformé le paysage stratégique européen. Entre 2020 et 2024, les importations d’armes des États membres de l’OTAN en Europe ont bondi de 105 % par rapport à la période 2015-2019. Cette course à l’armement vise principalement à renforcer les capacités militaires face à la Russie, avec un recours massif aux équipements américains.

En cinq ans, les États-Unis ont fourni 64 % des armes importées par l’Europe, contre 35 % en 2015-2019. Les chasseurs F-35, les systèmes de défense aérienne Patriot et les chars Abrams figurent parmi les matériels les plus demandés. Le reste des importations européennes provient de la France, de l’Italie et de l’Allemagne, qui tentent d’imposer une alternative aux achats américains.

ExportateurPart des exportations mondiales (%)Évolution vs 2015-2019
États-Unis43 %+21 %
France9,6 %+187 % en Europe
Russie7,8 %-64 %
Chine5,9 %Stable
Allemagne5,1 %-0,5 %
Italie4,8 %+1,7 %
Royaume-Uni3,3 %-0,3 %
Espagne3,1 %+0,2 %
Corée du Sud2,7 %+0,5 %
Israël2,4 %+0,4 %

La guerre en Ukraine a également conduit à une explosion des importations d’armes dans la région. L’Ukraine est désormais le premier importateur mondial d’armement, représentant 8,8 % des importations globales. Les États-Unis, l’Allemagne et la Pologne en sont les principaux fournisseurs.

L’Asie-Pacifique en quête de dissuasion face à la Chine

La montée en puissance de la Chine dans la région Indo-Pacifique pousse plusieurs pays asiatiques à renforcer leurs capacités militaires. Le Japon, l’Australie et l’Inde figurent parmi les plus gros importateurs d’armes.

Le Japon a connu une augmentation spectaculaire de 93 % de ses importations d’armes, principalement en provenance des États-Unis et de l’Allemagne. L’Inde, autrefois dépendante des exportations russes, a réduit ses achats auprès de Moscou au profit de la France et d’Israël.

De son côté, la Chine a drastiquement diminué ses importations d’armes (-64 %), préférant développer son industrie de défense nationale. Elle reste néanmoins un acteur majeur dans les exportations, avec des livraisons importantes vers le Pakistan, l’Algérie et la Thaïlande.

ImportateurPart des importations mondiales (%)Évolution vs 2015-2019
Ukraine8,8 %x100
Inde7,5 %-9,3 %
Qatar6,9 %+3,1 %
Arabie Saoudite6,7 %-41 %
Égypte6,1 %+2,7 %
Koweït5,3 %+3,5 %
Pakistan4,9 %+61 %
Australie4,6 %+2,8 %
Japon4,4 %+93 %
Corée du Sud4,2 %+4,1 %

Le Moyen-Orient ralentit sa course aux armements

Après une décennie de forte augmentation des achats d’armes, les importations d’armements au Moyen-Orient ont diminué de 20 % entre 2020 et 2024. L’Arabie saoudite, premier acheteur de la région, a réduit ses acquisitions de 41 %. Le Qatar, en revanche, a accru ses importations de 3,1 %, devenant le troisième importateur mondial.

Les États-Unis restent le premier fournisseur de la région, représentant 52 % des armes importées par les pays du Golfe. L’Italie et la France ont également consolidé leur présence, avec des ventes importantes à l’Égypte et aux Émirats arabes unis.

L’Afrique et l’Amérique latine, marchés en recul mais fragmentés

Les importations d’armes en Afrique ont chuté de 44 %, principalement en raison de la baisse des acquisitions algériennes et marocaines. L’Algérie a réduit ses importations de 73 %, tandis que le Maroc a diminué ses achats de 26 %. En revanche, l’Afrique de l’Ouest a vu ses importations augmenter de 82 %, notamment avec des livraisons au Nigeria.

En Amérique latine, le Brésil a connu une hausse notable de 77 % de ses importations d’armes, se fournissant principalement auprès de la France, des États-Unis et du Royaume-Uni.

Un marché en recomposition, dominé par les États-Unis et remodelé par l’Ukraine

Le commerce des armes en 2024 est marqué par des réalignements stratégiques majeurs. L’Europe a accéléré son réarmement sous la tutelle américaine, l’Asie-Pacifique se renforce face à la Chine et le Moyen-Orient connaît un ralentissement.

Les États-Unis, déjà hégémoniques, consolident leur domination avec 43 % des exportations mondiales, tandis que la France s’impose comme le deuxième fournisseur. L’Ukraine, devenue le premier importateur d’armes, illustre l’impact des conflits sur la redistribution des flux d’armements.

Les prochaines années seront cruciales pour observer l’évolution de ce marché, en particulier en Europe. L’Union européenne pourra-t-elle réduire sa dépendance aux États-Unis et favoriser ses propres industries de défense ?

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