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Les espions « illégaux » russes : pourquoi l’espionnage clandestin de Moscou revient au premier plan

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Arrestations discrètes en Europe, expulsions de diplomates, enquêtes judiciaires relancées et parution de Les illégaux de Shaun Walker, ouvrage de référence consacré aux espions russes infiltrés en Occident : le programme des agents dits « illégaux » refait surface dans l’actualité internationale. Longtemps perçu comme un héritage de la Guerre froide, ce modèle d’espionnage de long terme revient au goût du jour à la faveur de la guerre en Ukraine, de la rupture stratégique entre Moscou et l’Occident et de l’évolution des méthodes russes, désormais plus hybrides, plus offensives et potentiellement plus déstabilisatrices.

Les « illégaux » : un héritage soviétique assumé par la Russie contemporaine

Les agents dits « illégaux » constituent l’une des traditions les plus anciennes et les plus spécifiques du renseignement soviétique, puis russe. Contrairement aux espions bénéficiant d’une couverture diplomatique, ces agents opèrent sans lien officiel avec leur pays d’origine, sous de fausses identités construites parfois dès l’enfance. Leur force réside dans leur intégration totale : emploi, famille, cercle social, tout concourt à effacer la frontière entre la couverture et la réalité. Après la chute de l’URSS, ce modèle a semblé marginalisé. Il a pourtant été réactivé progressivement sous Vladimir Poutine, ancien officier du KGB, qui a toujours revendiqué la centralité du renseignement humain dans la stratégie de puissance russe. La publication récente de l’ouvrage les illégaux, fondé sur des enquêtes approfondies et des témoignages d’anciens agents, contribue à remettre en lumière cette doctrine du temps long, patiente et méthodique, qui continue de structurer une partie du renseignement moscovite.

Arrestations, révélations et enquêtes : pourquoi le sujet ressurgit aujourd’hui

Si le thème des « illégaux » revient dans le débat public, c’est d’abord en raison d’une série d’affaires récentes. Démantèlements de réseaux dormants, arrestations de suspects accusés d’avoir transmis des informations sensibles, expulsions de diplomates soupçonnés de liens avec les services russes : l’Europe et l’Amérique du Nord font face à une recrudescence de cas liés à l’espionnage russe. Ces affaires s’inscrivent dans un contexte géopolitique profondément dégradé. Depuis l’invasion de l’Ukraine, Moscou considère de facto les pays occidentaux comme des adversaires stratégiques. Dans ce cadre, l’espionnage redevient un outil central, non seulement pour collecter du renseignement militaire ou politique, mais aussi pour anticiper les décisions, identifier les vulnérabilités et préparer des actions futures. Le retour médiatique des « illégaux » traduit ainsi moins une nouveauté qu’une prise de conscience tardive de leur présence continue.

Un espionnage en mutation : de l’infiltration humaine à la guerre hybride

La véritable évolution tient toutefois à l’hybridation des méthodes. Les espions « illégaux » ne sont plus seulement des collecteurs d’informations classiques. Ils s’insèrent désormais dans des dispositifs plus larges mêlant cyber-espionnage, désinformation, influence et, dans certains cas, sabotage. Les plateformes numériques, les messageries chiffrées et les réseaux sociaux deviennent des relais complémentaires de l’action clandestine traditionnelle. Selon plusieurs analystes, cette mutation marque un tournant stratégique : l’espionnage russe ne vise plus uniquement à savoir, mais à peser activement sur les sociétés adverses, en dessous du seuil du conflit armé. Cette « zone grise » brouille les frontières entre renseignement, guerre informationnelle et déstabilisation politique. Pour les démocraties occidentales, le défi est majeur : il ne s’agit plus seulement de traquer des espions, mais de comprendre et de contenir une stratégie globale de guerre de l’ombre.

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