Pendant longtemps, les grandes écoles de commerce françaises, HEC, ESSEC, ESCP en tête représentaient une promesse d’ascension sociale et professionnelle. Une sélection sévère, des promotions limitées et un diplôme très valorisé sur le marché du travail. Ce modèle est aujourd’hui en train de basculer. Les effectifs explosent, les frais de scolarité atteignent des niveaux record et les étudiants financent désormais un système dominé par la course aux classements internationaux et à la recherche académique.
La massification a transformé les écoles d’élite
Il y a encore vingt ans, les grandes écoles de commerce reposaient sur un modèle relativement simple : peu d’étudiants, une sélection très forte et une valeur de diplôme liée à sa rareté. Les promotions étaient limitées et la majorité des étudiants passaient par les classes préparatoires. Aujourd’hui, ce système a profondément changé. Les écoles ont multiplié les programmes, ouvert des campus à l’étranger et surtout augmenté massivement leurs effectifs. Certaines institutions accueillent désormais plusieurs milliers d’étudiants par promotion. Ce changement transforme progressivement des institutions élitistes en véritables machines de formation de masse. Or la logique économique est simple : lorsque le nombre de diplômés augmente fortement, la rareté disparaît et la valeur du diplôme tend à diminuer. Autrement dit, les écoles délivrent davantage de diplômes mais leur signal sur le marché du travail devient moins puissant.
Des frais de scolarité qui explosent
Le paradoxe est frappant : alors même que les diplômes se massifient, leur prix n’a jamais été aussi élevé. Dans certaines grandes écoles françaises, le coût total d’un programme dépasse désormais 60 000 euros, des MBA coutent plus de 100 000 €. Pour de nombreuses familles, ces études représentent un investissement financier considérable. Cette inflation s’explique par plusieurs facteurs. Les écoles se livrent une concurrence internationale féroce pour apparaître dans les classements mondiaux. Elles investissent dans des campus internationaux, dans le marketing, dans des accréditations coûteuses et dans des structures administratives toujours plus complexes. Mais une grande partie de ces dépenses provient d’un autre phénomène : la course à la recherche académique pour avoir des points dans les classements. Ce sont les étudiants qui financent cette machine.
La dictature des classements et de la recherche
Depuis une quinzaine d’années, les classements internationaux ont profondément modifié le fonctionnement des écoles de commerce. Les palmarès comme celui du Financial Times accordent une importance majeure à la production scientifique des professeurs. Pour remonter dans les classements (dans lesquels apparaissent nos grandes écoles comme HEC, ESSEC, ESCP, EDHEC, SKEMA et d’autres) les écoles doivent donc recruter des enseignants capables de publier dans des revues académiques internationales. Le ministère de l’Enseignement supérieur renforce encore cette logique en exigeant une activité de recherche pour attribuer le grade de master aux diplômes. Le résultat est un système paradoxal : les étudiants paient des frais de scolarité toujours plus élevés pour financer un modèle académique centré sur la publication scientifique. Or ces articles, souvent très spécialisés, ont peu de lien avec les besoins concrets des entreprises ou avec la formation pratique des futurs managers. En clair, les étudiants paient plus cher pour un système dont la priorité n’est plus toujours leur formation mais la visibilité académique des institutions. Et le ministère de l’éducation renforce cette approche avec des commissions théodules qui délivrent la reconnaissance par l’État. En clair, les exigences ridicules de production de recherche alourdissent la facture pour des étudiants qui ne bénéficient en rien de la production d’articles scientifiques sans aucun intérêt pour les entreprises.









