À peine élu, le maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko, a annoncé le lancement d’un processus de désarmement de la police municipale, en commençant par les LBD. Cette décision a immédiatement provoqué un mouvement de départs parmi les policiers municipaux. Au-delà de la polémique politique, cette affaire révèle surtout un décalage inquiétant entre certaines visions idéologiques de la sécurité et la réalité du terrain.
Le pari idéologique du nouveau maire
Fraîchement élu à la tête de Saint-Denis, Bally Bagayoko a annoncé vouloir engager un « processus de désarmement » de la police municipale, en commençant notamment par les lanceurs de balles de défense (LBD). Cette décision s’inscrit dans une approche très politique de la sécurité, souvent portée par certains responsables de gauche radicale, selon laquelle la présence d’armes dans les forces de police constituerait en elle-même un problème. Mais cette vision repose sur un malentendu fondamental. Être armé pour un policier n’est pas une question de droite ou de gauche. C’est simplement la condition minimale pour pouvoir faire face à des situations de violence graves. L’arme n’est pas un symbole idéologique. C’est un outil de protection. Un policier armé n’est pas un policier qui va nécessairement utiliser la violence. C’est un policier qui dispose des moyens de répondre à une situation extrême si celle-ci survient.
Retirer les LBD, c’est supprimer une gradation de la force
La décision de supprimer en priorité les LBD illustre parfaitement ce décalage entre doctrine politique et réalité opérationnelle. Le lanceur de balles de défense a précisément été introduit dans les forces de sécurité pour éviter l’usage de l’arme létale. Il constitue une arme intermédiaire qui permet de neutraliser un individu dangereux tout en conservant une gradation dans l’usage de la force. Supprimer ces moyens intermédiaires est paradoxal. Cela revient à priver les policiers d’un outil qui permet justement d’éviter des situations dramatiques. Lorsqu’un agent ne dispose plus de moyens intermédiaires pour faire face à une menace, il ne lui reste que deux options : ne pas intervenir ou se retrouver dans une situation où l’usage d’une arme plus dangereuse devient la seule solution. Autrement dit, retirer ces équipements peut produire exactement l’effet inverse de celui recherché.
Une décision qui met directement les policiers en danger
Ce qui choque aujourd’hui de nombreux policiers municipaux, ce n’est pas seulement la décision elle-même. C’est l’idée selon laquelle ceux qui souhaitent rester armés auraient une motivation politique. C’est une accusation profondément injuste formulée par le maire. C’est scandaleux d’imaginer que des fonctionnaires ne soient pas neutre parce qu’ils ne sont pas d’accord avec leur maire sur une mesure technique qui les met en danger. Les policiers municipaux de Saint-Denis travaillent dans un département connu pour son niveau élevé de délinquance et pour la complexité des interventions auxquelles ils sont confrontés. Dans ces conditions, refuser de travailler désarmé n’a rien d’idéologique. C’est simplement une question de sécurité personnelle et professionnelle. Envoyer des policiers intervenir dans un territoire difficile tout en leur retirant les moyens de se défendre revient à les exposer directement au danger. C’est irresponsable de part de ce maire qui préfère l’idéologie au pragmatisme en mettant en péril l’intégrité physique de ses fonctionnaires. Et la réaction des agents ne trompe pas : de nombreux policiers envisagent déjà de quitter la municipalité ou de demander leur mutation.
La confrontation inévitable avec la réalité
Cette situation illustre un phénomène déjà observé dans plusieurs municipalités : la confrontation entre certaines promesses politiques et la réalité du terrain. Il est évidemment nécessaire de travailler en amont de la délinquance, de développer la prévention et de renforcer la médiation sociale. Mais aucune société ne peut fonctionner sans autorité ni sans capacité à faire respecter l’ordre. Imaginer qu’une police désarmée pourra assurer cette mission dans un territoire comme la Seine-Saint-Denis relève d’un pari idéologique extrêmement risqué. Et si un jour un policier est gravement blessé parce qu’il n’aura pas pu se défendre, la responsabilité politique sera impossible à ignorer. Car lorsqu’un maire choisit de retirer les moyens de protection de ses policiers, il assume aussi les conséquences de ce choix : il sera responsable des blessures ou du décès des agents qui n’auront pas pu se défendre.







