La mort de Quentin Deranque à Lyon marque peut être un tournant politique. L’enquête, qui vise notamment des militants issus de la Jeune Garde dissoute le 12 juin 2025, et dont un collaborateur de Raphaël Arnault pourrait être impliqué, met en lumière les contradictions d’un mouvement qui a fait de la dénonciation de la violence son identité politique. Il y a plusieurs mois déjà, la commission d’enquête parlementaire du 16 octobre 2025, consacrée aux liens entre responsables politiques et réseaux islamistes, avait fragilisé La France insoumise. L’affaire actuelle agit comme un révélateur brutal. Dès lors, comment les contradictions et les incohérences de l’idéologie de LFI placent le parti face à son propre piège idéologique ?
La Jeune Garde, un embarras politique
La dissolution de la Jeune Garde a accentué les critiques. Cette organisation, qui se revendiquait antifasciste, est souvent décrite comme un groupe militant radical. Son fondateur, Raphaël Arnault, aujourd’hui élu sous l’étiquette LFI et fiché S, est devenu un point de tension majeur. Jean Luc Mélenchon a défendu ce militant à plusieurs reprises, dénonçant ce qu’il considère comme une criminalisation de l’engagement politique. Cependant, cette défense a renforcé les accusations d’ambiguïté. Pour ses détracteurs, la Jeune Garde constitue un bras militant du mouvement, ce qui entre en contradiction avec la ligne officielle de condamnation de la violence. L’affaire Quentin accentue ce malaise, car elle met en lumière les risques d’une radicalisation militante dont les frontières avec la politique institutionnelle apparaissent parfois floues.
La commission d’enquête et la stratégie de confrontation
La mort de Quentin, étudiant de 23 ans, à l’issue d’affrontements en marge d’une conférence de l’eurodéputée Rima Hassan à Lyon, place à nouveau sous les projecteurs la question des dérives violentes dans certains cercles militants liés à l’écosystème de La France insoumise. Auteur de Les complices du mal (Plon, 2025), Omar Youssef Souleyman a inflitré plusieurs manifestations de soutien à la Palestine organisées par LFI. Auditionné lors d’une commission d’enquête le 16 octobre 2025, il évoque un rapprochement trouble entre certains élus LFI et des collectifs qualifiés de proches de l’islam politique. S’il insiste sur la nécessité de distinguer les soupçons des faits, il souligne que ces convergences peuvent relever d’un opportunisme politique. Selon ce témoignage, La France insoumise a tenté d’obtenir le livre du journaliste avant sa parution afin de préparer une plainte pour diffamation. Cette démarche, qui n’a pas abouti, a été perçue comme révélatrice d’un climat de confrontation et d’une stratégie de pression politique.
Deux exemples emblématiques
Parmi les exemples évoqués par O.Y. Souleyman, la figure d’Omar Alsoumi occupe une place centrale. Fondateur du collectif Urgence Palestine, créé au lendemain de l’attaque du 7 octobre appelée par le Hamas « déluge d’al Aqsa », il doit être jugé en mai 2026 pour apologie du terrorisme. Or, des élus et militants LFI ont participé à des manifestations organisées par ce collectif, ce qui a alimenté les critiques sur la cohérence du mouvement.
Un second exemple concerne Vincent Souleyman, prédicateur qui a appelé à voter pour des candidats LFI. Il est connu pour ses prises de position salafo-fréristes et a été interdit de conférences en raison de déclarations jugées incompatibles avec certaines valeurs progressistes. Cette proximité apparente, alors même que le mouvement se présente comme défenseur des causes dites woke, renforce l’impression d’une contradiction idéologique.
Une stratégie électorale assumée
Le témoignage auditionné devant la commission évoque explicitement une logique électorale.
« On pourrait se dire que si des membres d’associations radicales, des djihadistes, des islamistes soutiennent LFI, c’est parce qu’ils se sentent menacés par un discours extrémiste et discriminatoire, et que LFI n’y est pour rien. Mais LFI collabore avec eux et ce, pour une raison principale, arriver au pouvoir, les témoignages que j’ai rassemblés dans mon livre le montrent. Il a manqué à Mélenchon 420 000 voix pour accéder au deuxième tour en 2022, et pour se maintenir au second tour en 2027, il compte sur les voix des musulmans. J’ai enquêté sur le vote des musulmans pour Mélenchon aux présidentielles ou pour un candidat LFI aux législatives de 2024 : beaucoup d’entre eux ne l’ont fait ni pour LFI, ni même pour la France, mais pour Gaza, ce que je trouve extrêmement dangereux. »
Omar Youssef Souleyman lors de la Commission d’enquête sur les liens existants entre les représentants de mouvements politiques et des organisations et réseaux soutenant l’action terroriste ou propageant l’idéologie islamiste. Jeudi 16 octobre 2025
Certains observateurs rapprochent cette analyse des réflexions développées par le think tank Terra Nova, qui a théorisé une recomposition électorale autour des minorités. Dans cette perspective, le discours universaliste serait articulé à des pratiques communautaires, ce qui expliquerait certaines alliances jugées paradoxales. La séquence actuelle place La France insoumise face à une crise de cohérence. En dénonçant la violence et les radicalités, tout en étant accusée de proximités controversées, le mouvement se retrouve confronté à ses propres contradictions. L’affaire Quentin, combinée aux révélations de la commission d’enquête, agit comme un révélateur politique.
Elle souligne un risque stratégique majeur. À force de polariser le débat et de dénoncer ses adversaires, le mouvement pourrait être prisonnier d’un piège idéologique, dans lequel le décalage entre les principes affichés et certaines pratiques fragilise sa crédibilité.








