Le 27 janvier 2026, à Washington, le Bulletin of the Atomic Scientists a une nouvelle fois avancé l’aiguille du Doomsday Clock. L’horloge symbolique indique désormais 85 secondes avant minuit, soit la position la plus proche de la fin du monde depuis sa création en 1947. Cette décision repose sur une analyse froide de l’état du monde et révèle un constat inquiétant : la planète s’enfonce dans une spirale de crises que les États peinent, ou refusent, d’enrayer.
Doomsday Clock : un signal politique ignoré
Le Doomsday Clock n’est pas une prédiction, mais un avertissement. Pourtant, année après année, cet avertissement devient plus pressant. En 2026, les scientifiques ont avancé l’horloge de quatre secondes, la faisant passer de 89 à 85 secondes avant minuit, selon le communiqué officiel du Bulletin of the Atomic Scientists. Jamais l’humanité n’avait été placée aussi près de la destruction totale.
Ce réglage résulte d’un consensus établi par le Science and Security Board, assisté d’un comité comprenant huit lauréats du prix Nobel. Leur message est limpide : les mécanismes de prévention collective se délitent. En 1991, après la fin de la guerre froide, l’horloge indiquait 17 minutes avant minuit, symbole d’un espoir politique fondé sur la coopération et les accords internationaux. Trente-cinq ans plus tard, cet espoir a disparu, remplacé par une fragmentation géopolitique que les scientifiques jugent plus dangereuse encore que les affrontements idéologiques du passé.
Fin du monde : les risques identifiés et l’échec des gouvernements
Au cœur de l’analyse figure le risque nucléaire. Selon Reuters, la Russie et les États-Unis détiendraient à eux seuls environ 90 % des armes nucléaires mondiales. Or, les principaux traités de limitation des arsenaux sont affaiblis, contestés ou proches de l’expiration. Les scientifiques constatent que les États dotés de l’arme atomique modernisent leurs capacités au lieu de les réduire, malgré des engagements répétés en faveur du désarmement.
À cette menace historique s’ajoute une crise climatique désormais incontrôlable. Le dérèglement du climat n’est plus présenté comme un risque futur, mais comme un facteur immédiat de déstabilisation économique, sociale et politique. Sécheresses, pénuries alimentaires et migrations forcées accentuent les tensions internationales. Pourtant, les gouvernements continuent de retarder les mesures structurelles, privilégiant des compromis nationaux à court terme plutôt qu’une action coordonnée.
Les scientifiques pointent également la responsabilité politique dans l’essor de technologies mal encadrées. L’intelligence artificielle, citée explicitement par le Bulletin of the Atomic Scientists, est perçue comme un amplificateur de chaos. Utilisée sans règles communes, elle favorise la désinformation, affaiblit les processus démocratiques et modifie les équilibres militaires. Là encore, l’absence de gouvernance internationale nourrit la crainte d’une escalade incontrôlée.
La peur d’une Terre inhabitable
Les menaces biologiques complètent ce tableau sombre. Dans son statement 2026, le Bulletin of the Atomic Scientists alerte sur des recherches avancées en biotechnologie, notamment sur des formes de vie artificielles capables de se reproduire. Fin 2024, 38 scientifiques issus de 9 pays ont publié une évaluation soulignant les dangers potentiels de ces travaux, selon le Bulletin. Ces recherches, mal régulées, pourraient dépasser la capacité des États à en contrôler les conséquences.
Face à cette accumulation de risques, le message des scientifiques devient de plus en plus politique. « Les risques catastrophiques augmentent, la coopération recule et le temps nous manque », a déclaré Alexandra Bell, présidente du Bulletin of the Atomic Scientists. Pour Daniel Holz, président du Science and Security Board, la montée des régimes autoritaires et le repli national rendent toute réponse collective presque impossible. La fin du monde, telle que décrite par ces experts, ne serait pas un événement soudain, mais l’aboutissement d’une succession de renoncements.








