Il y a des pays où l’on tond la pelouse. Et puis il y a la France, où l’on tond les riches. Chacun son jardin. Ici, la réussite n’est pas un modèle : c’est un scandale. On ne rêve pas de la Ferrari du voisin, on rêve de sa contravention. On ne veut pas grimper l’échelle, on préfère la scier. Et lorsqu’une voiture rouge pétante s’arrête à un feu, tout le quartier se découvre une passion soudaine pour la justice sociale — assortie, souvent, d’un trousseau de clés bien affûté.
L’impôt sur la fortune, ou comment rayer sans se salir les mains
L’ISF, c’est un peu la version administrative du coup de clé. Moins risqué, plus collectif. On ne raye pas seulement la carrosserie : on raye un patrimoine entier. L’important n’est pas que cela rapporte, mais que cela console. C’est la taxe anti-déprime nationale : l’assurance que si je n’ai pas, au moins l’autre n’aura pas non plus. Ironie du système : quand on n’a pas la Ferrari, on veut la rayer ; quand on a la Ferrari, on exige qu’on la laisse intacte — et qu’on épargne son porte-monnaie. Autrement dit, la morale fiscale est éminemment situationnelle : juste quand on ne la subit pas, scandaleuse dès qu’on la paie.
Le ruissellement ? Un complot pâtissier
On nous parle de ruissellement, de gâteau qui grossit pour tous… Balivernes ! Le Français préfère la tarte à la rancune : il ne veut pas un gâteau plus grand, il veut moins de parts pour les autres. Si possible, en prenant une photo pour les réseaux sociaux. Les États-Unis célèbrent les success stories ; nous, on célèbre les redressements fiscaux. Là-bas, on lit How to make a million. Ici, on écrit Comment faire payer celui qui les a.
Le départ des riches : une fuite, vraiment ?
On s’étonne ensuite que les plus fortunés s’en aillent. Mais qui ne fuirait pas un pays où l’État regarde votre garage comme un bien public ? On parle pudiquement d’exil fiscal, mais c’est surtout un exil psychologique : le besoin de respirer dans un pays où réussir n’est pas une faute morale. Pendant ce temps, chez nous, on débat pour savoir si la propriété privée existe encore ou si elle est louée à vie à Bercy.
L’admiration : concept étranger non traduit
Aux États-Unis, on applaudit la Ferrari. En France, on applaudit quand elle cale. Et quand on suggère d’encourager la réussite plutôt que de la punir, on vous rétorque : « Ah, vous défendez les riches ! » Comme si posséder le goût de la prospérité était une déviance. Restaurer l’ISF, c’est comme repeindre la jalousie en tricolore : ça flatte le peuple, ça occupe les ministres et ça donne à tout le monde le sentiment de participer à une œuvre morale.
Thérapie nationale
En réalité, l’ISF, c’est une psychanalyse de masse. On s’allonge sur le divan républicain, on confesse nos frustrations, et Bercy encaisse en hochant la tête. « Vous dites que votre voisin a une piscine ? Et que cela vous rend triste ? Très bien, on va créer un prélèvement compensatoire. » À ce tarif, la France n’est pas un pays fiscalement lourd, c’est un cabinet de psychanalyse géant où tout le monde paie la séance du voisin.








