Il n’y a pas qu’en France que l’on poursuit les honnêtes gens pendant que la société se délite. Tandis que certains commettent des actes bien plus graves sans réelle sanction, les citoyens ordinaires, eux, se voient frappés de lourdes amendes pour des faits dérisoires. L’histoire de Loretta Alvarez, à Londres, en est une illustration presque caricaturale.
Feltham (ouest de Londres). Une mère célibataire de 26 ans, Loretta Alvarez, a été condamnée à une amende de 1 000 livres sterling par le conseil municipal de Hounslow pour avoir laissé une enveloppe en carton à côté de conteneurs déjà pleins, devant son immeuble. Le geste, qu’elle décrit comme « involontaire et sans nuisance », a été requalifié en fly-tipping, c’est-à-dire en dépôt illégal de déchets dans un espace public. Loretta Alvarez explique avoir simplement déposé l’enveloppe sur le carton déjà présent, estimant que les poubelles communes, partagées entre 25 logements, ne permettaient plus de rien y mettre. « Je ne laisserais jamais intentionnellement des ordures à l’air libre, c’était juste impossible de faire autrement ce jour-là », raconte-t-elle. Cette infirmière en santé mentale dit vivre la situation comme une injustice : « Je travaille, j’élève seule mon enfant, je n’ai pas cet argent. Je ne veux pas d’une condamnation pour une enveloppe. C’est absurde. » Le conseil local, lui, campe sur sa position. Dans un communiqué, le conseiller Pritam Grewal, membre du cabinet pour la sécurité communautaire, a réaffirmé une politique de « tolérance zéro » : « La mise à la poubelle comprend le fait de laisser des déchets n’importe où en public, même si les poubelles sont pleines. Les habitants attendent de nous que nous sanctionnions ce type d’infraction. » L’affaire, qui pourrait sembler anecdotique, révèle un durcissement général des politiques locales de propreté au Royaume-Uni, où la lutte contre le fly-tippinglittéralement « basculement de mouches », est devenue un marqueur politique. En 2023, les municipalités britanniques ont émis près d’un demi-million d’amendes pour des dépôts considérés comme illégaux, parfois pour un simple sac ou un objet isolé.
Pour Loretta Alvarez, le combat n’est pas terminé : le Local Democracy Reporting Service précise que l’amende a été temporairement suspendue, le temps d’une enquête. Mais à ce jour, le conseil refuse de l’annuler. « Ils me punissent plus sévèrement qu’un excès de vitesse », soupire-t-elle. Le débat sur la proportionnalité des sanctions environnementales, lui, ne fait que commencer.








