Le sommet de l’ONU sur l’océan s’est ouvert le 9 juin 2025 à Nice. Emmanuel Macron y a défendu un multilatéralisme climatique offensif, saluant la mise en œuvre prochaine du traité sur la haute mer. Derrière les grands principes, des enjeux économiques massifs sont en ligne de mire.
Ce 9 juin à Nice, Emmanuel Macron n’a pas simplement donné le coup d’envoi d’un sommet environnemental. Il a replacé l’océan au centre des équilibres géopolitiques et économiques globaux. En parlant d’« océan en ébullition », le chef de l’État a mis en scène une urgence climatique. Mais c’est aussi un signal envoyé au monde de la finance, des ressources naturelles et des filières maritimes.
Traité sur la haute mer : une avancée juridique qui prépare le terrain
C’était l’un des objectifs-clés du sommet. Emmanuel Macron l’a confirmé : « Le traité sur la haute mer sera bien mis en œuvre ». Avec 50 ratifications déjà déposées et 15 nouveaux engagements formels, le seuil des 60 signatures est franchi. Ce qui déclenche mécaniquement l’entrée en vigueur du traité dans un délai de 120 jours.
Sur le plan économique, ce cadre juridique inédit devrait redéfinir les règles du jeu dans les zones maritimes internationales. Des limitations strictes aux extractions de ressources, des obligations renforcées en matière de transparence, et une dynamique de régulation accrue pour les filières minières et énergétiques opérant en mer. Les investisseurs et industriels concernés, notamment dans la prospection en eaux profondes, vont devoir s’adapter.
L’un des passages les plus politiques de l’intervention présidentielle fut sans doute celui-ci : « Les abysses ne sont pas à vendre, pas plus que le Groenland n’est à vendre, pas plus que l’Antarctique ou la haute mer ». Une manière directe de poser un cadre idéologique : l’espace maritime ne sera pas une zone de prédation libre.
Pour les marchés, ce positionnement français va peser dans les futures négociations internationales. À l’heure où plusieurs puissances (États-Unis, Chine, Russie) multiplient les investissements dans les technologies d’exploitation sous-marine, Paris se place dans une logique de souveraineté environnementale. Les enjeux énergétiques, notamment autour des métaux rares contenus dans les nodules polymétalliques des grands fonds, sont directement concernés.
Filieres maritimes : vers une transition sous contrainte
En marge des textes internationaux, Macron a insisté sur les réalités opérationnelles. « On veut dans certains endroits qu’ils [les pêcheurs] n’aillent plus pêcher. […] Il faut les concerter, les associer avec les scientifiques et leur donner la capacité d’avoir d’autres débouchés ». Le président cite le cas de la Polynésie ou de Paimpol comme exemples de modèles hybrides : conservation, respect des savoir-faire locaux, innovation durable.
Cette logique d’accompagnement des filières se double d’un soutien au financement de la transition : Macron a salué l’arrivée de fonds philanthropiques et d’investissements privés pour appuyer ces démarches. Une forme de complémentarité entre initiatives publiques et capital privé qui doit devenir, selon lui, la norme dans l’économie maritime durable.
Macron l’a résumé d’un trait : « On est au pire moment. On a une crise qui est cinq crises en même temps : biodiversité, eau, alimentation, santé, changement climatique ». Et selon lui, l’océan est au centre de cette dynamique. Stabiliser le climat, préserver la sécurité alimentaire, réguler les flux migratoires liés à la montée des eaux : autant de défis où la mer devient une variable déterminante.
Le sommet de Nice a vocation à traduire ces interdépendances dans des politiques publiques concrètes. Il engage ainsi à la fois les États, les entreprises, les acteurs financiers et les territoires. L’objectif affiché : que la protection de l’océan ne soit plus un coût, mais un investissement stratégique.







