Depuis plusieurs années, une constante s’impose dans le paysage des manifestations françaises : les débordements violents. Les cortèges, qu’ils concernent les retraites, l’écologie ou le pouvoir d’achat, finissent régulièrement par dégénérer. Et, à chaque fois, ce sont les mêmes acteurs que l’on retrouve au cœur des affrontements : les black blocs, mouvance se revendiquant d’une radicalité de gauche. Demain sans nul doute des casseurs d’ultra gauches seront présents.
L’extrême gauche au coeur de la violence: des images qui parlent d’elles-mêmes
Les scènes diffusées en continu sur les différentes chaines d’information montrent ces groupes organisés attaquant les forces de l’ordre, détruisant du mobilier urbain, incendiant des véhicules ou pillant des commerces. Pourtant, dans le même temps, les partis d’extrême gauche dénoncent inlassablement les « violences policières ». Une contradiction qui interroge : comment justifier l’agression systématique des forces de sécurité alors que ces dernières, en France, figurent parmi les plus efficaces d’Europe en matière de maintien de l’ordre ?
Un maintien de l’ordre réussi n’est pas celui qui rétablit la paix après des affrontements, mais celui qui évite l’affrontement. C’est là une différence essentielle entre la France et d’autres pays. Aux États-Unis, par exemple, l’assaut du Capitole en janvier 2021 a révélé des failles béantes : une foule a pénétré sans difficulté dans le Parlement, des forces de police totalement débordées, une incapacité à contenir le cortège en amont, et au final, plusieurs morts après qu’un garde a ouvert le feu à l’intérieur même du bâtiment. Ces dysfonctionnements ont mis en lumière un système de maintien de l’ordre davantage centré sur la répression ponctuelle que sur la prévention.
La France, elle, a développé au fil du temps une véritable doctrine spécifique. Longtemps, le maintien de l’ordre fut confié à l’armée, avec des soldats armés de fusils et de baïonnettes, ce qui entraîna régulièrement des drames sanglants au XIXᵉ et au début du XXᵉ siècle. Pour rompre avec cette logique militaire, la création de forces spécialisées — gendarmes mobiles et CRS — a instauré une nouvelle approche : encadrer la contestation pour lui permettre de s’exprimer, sans mettre en danger ni les manifestants ni les autres citoyens.
Cette doctrine repose sur un principe simple mais exigeant : la non-violence comme finalité. Les dispositifs sont pensés pour contenir, disperser ou neutraliser sans recourir à l’usage des armes létales. Barrages filtrants, cordons de maintien, grenades lacrymogènes et techniques d’encerclement sont destinés non pas à écraser la protestation, mais à en prévenir les débordements. C’est ce qui explique qu’en France, malgré la virulence des black blocs ou de certains groupes radicaux, on évite des bilans humains catastrophiques comme on peut en voir ailleurs.
Comment l’ultra gauche justifie la violence ?
L’extrême gauche ne se contente pas de tolérer ces groupes radicaux : elle les encourage ou les soutient indirectement. À Notre-Dame-des-Landes, à Sainte-Soline, ou dans d’autres mobilisations écologistes, la rhétorique est la même : la violence serait une réponse à une « violence supérieure » exercée par l’État, le capitalisme ou la destruction de l’environnement.
Ce discours a toujours existé. Les Brigades Rouges affirmaient ainsi en 1983 pour justifier des meurtres :
« La misère humaine que met en évidence cette politique ne peut que renforcer la conscience prolétarienne de la nécessité d’abattre cet État » (Brigades Rouges, Replacer l’activité générale des masses au centre de l’initiative, 17 janvier 1983).
Quelques années plus tôt, en Italie encore, les Noyaux Armés Prolétaires déclaraient :
« Contre le capitalisme violent des entrepreneurs, contre l’État des entrepreneurs et son gouvernement » (Noyaux Armés Prolétaires, 1er octobre 1974).
Et, dans une perspective plus théorique, Jean-Paul Sartre écrivait dans sa préface aux Damnés de la terre de Frantz Fanon :
« Quels instincts ? Ceux qui poussent les esclaves à massacrer le maître ? Comment n’y reconnaît-il pas sa propre cruauté retournée contre lui ? »
Dans les années 1970 et 1980, l’Europe a été ensanglantée par des organisations terroristes d’extrême gauche : les Brigades rouges en Italie, la Fraction armée rouge (RAF) en Allemagne, Action directe en France. L’extrême droite, elle, a certes commis des attentats (Bologne, Munich), mais ceux-ci demeurent isolés par rapport à la vague de terreur rouge.
En France, plusieurs événements d’ampleur ont d’abord été attribués à des groupuscules d’extrême droite, avant que l’enquête ne démontre leur origine étrangère ou islamo-palestinienne. L’attentat de la rue des Rosiers en 1982, imputé à la FANE (Fédération d’action nationale et européenne), fut finalement attribué au groupe Abou Nidal. De même, l’attentat de la rue Copernic en 1980, d’abord présenté comme une attaque néonazie, s’est révélé des années plus tard être l’œuvre de terroristes palestiniens.
Dans toutes ces références, la justification de la violence est la même : elle serait un instrument d’émancipation contre un système jugé oppresseur.
La rhétorique du « bien » : justification universelle de la violence
Il est important de souligner que cette logique n’est pas propre à un camp : toutes les tyrannies et tous les mouvements violents se disent porteurs du bien. Les Khmers rouges massacraient « pour le bien du peuple », les nazis prétendaient agir pour le salut de l’Allemagne, et de nombreux mouvements révolutionnaires ont légitimé l’élimination des adversaires au nom d’une cause supérieure. Quel que soit l’idéalisme affiché, nationaliste, révolutionnaire, religieux ou écologique, la rhétorique est la même : la violence politique est présentée comme nécessaire, inévitable, voire salutaire.
Le résultat est identique et tragique : on tue et on blesse des innocents au nom du bien. Dans le registre actuel et moins extrême, on blesse des policiers au nom du bien, on casse des commerçants au nom du bien. Ces violences, qui cherchent à instrumentaliser le concept moral du « bien », restent des violences et frappent en premier lieu des personnes qui n’ont souvent aucun lien réel avec le supposé oppresseur.
Sainte-Soline et Notre-Dame-des-Landes : la violence à ciel ouvert
Les exemples récents de Sainte-Soline et de Notre-Dame-des-Landes illustrent parfaitement cette logique de confrontation. Lors de ces affrontements, des groupes radicaux n’ont pas hésité à utiliser des armes parfois létales : cocktails Molotov, pavés, boules de pétanque, engins incendiaires. Les gendarmes ont été directement visés, pris pour cibles comme si la destruction physique des forces de l’ordre était un objectif politique.
Face à ces attaques, les forces de l’ordre ont répliqué par des moyens proportionnés : grenades lacrymogènes, canons à eau, charges de dispersion. Dans de nombreux pays, une telle intensité de violence aurait provoqué une riposte bien plus dure, pouvant aller jusqu’à l’usage des armes à feu. En France, malgré des scènes où des gendarmes apparaissaient clairement en danger, encerclés et menacés de lynchage, aucune riposte létale n’a eu lieu.
Et pourtant, à peine la poussière des affrontements retombée, les mêmes mouvements radicaux ont crié à la « répression policière », brandissant comme des martyrs des individus blessés dans l’affrontement qu’ils avaient eux-mêmes provoqué. Cette communication absurde ne trompe personne : elle décrédibilise ses auteurs, car les images montrent l’évidence d’unités de gendarmerie subissant des assauts sauvages. Mais elle permet néanmoins à certains partis extrémistes, LFI en tête, de tenter de capitaliser politiquement sur la victimisation, en inversant la réalité des faits.
Les black blocs : une impunité choquante
Les « casseurs » d’extrême gauche profitent d’un système qu’ils prétendent combattre : droit de manifester, encadrement strict des forces de l’ordre, justice respectueuse des droits de la défense, aides sociales souvent perçues par les mêmes individus. La répression est faible, les peines rarement dissuasives. Et malgré cela, la gauche radicale retourne les images : quelques charges ou tirs de gaz suffisent pour crier à la répression policière.
Or, ces agissements menacent directement la démocratie. Ils ternissent le droit de manifester, discréditent la contestation citoyenne et réduisent des mobilisations entières à des vitrines de chaos. Qui se souvient du motif initial d’une manifestation, lorsque les médias diffusent en boucle des vitrines brisées et des policiers assaillis ?
La violence politique contemporaine, en France, est largement le fait de groupuscules d’extrême gauche. Ils la justifient au nom du « bien », mais en réalité ils pervertissent le processus démocratique, sapent le dialogue social et mettent en péril les libertés qu’ils prétendent défendre.
Cette violence n’a aucune légitimité. Elle doit être dénoncée pour ce qu’elle est : une dérive idéologique dangereuse. La démocratie repose sur le débat, non sur la casse. La fermeté est donc non seulement nécessaire, mais indispensable pour protéger le droit de manifester et, au-delà, l’État de droit lui-même.








