Le 8 janvier 2026, sous la pression d’une mobilisation agricole massive, Emmanuel Macron a déclaré que la France voterait contre l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur. L’annonce a produit son effet médiatique. Elle n’a cependant modifié ni le calendrier, ni les équilibres, ni les règles européennes. En réalité, ce refus français, tardif et isolé, ne menace en rien l’adoption de l’accord.
Mercosur : un mécanisme européen qui neutralise le veto français
Le Mercosur n’est pas soumis au bon vouloir d’un État membre, aussi central soit-il. Contrairement à un traité de politique étrangère classique, l’accord relève de la politique commerciale commune, compétence exclusive de l’Union européenne. Cela signifie une chose simple, mais politiquement explosive : la France ne dispose d’aucun droit de veto automatique.
Concrètement, l’accord doit être validé par le Conseil de l’Union européenne à la majorité qualifiée. Il suffit donc qu’une coalition d’États représentant 55 % des pays membres et 65 % de la population européenne vote en faveur du texte. Or cette majorité existe déjà. L’Allemagne, l’Espagne, l’Italie, plusieurs pays d’Europe du Nord et une partie de l’Europe centrale soutiennent activement le Mercosur. Dès lors, le non français n’est pas un obstacle juridique mais une position politique minoritaire. Il ne bloque pas la procédure. Il ne suspend pas le calendrier. Il ne force pas la renégociation.
Un non présidentiel calibré pour la crise agricole française
Le timing de l’annonce présidentielle est tout sauf anodin. Elle intervient alors que les tracteurs encerclent Paris, que les syndicats agricoles durcissent le ton et que la colère rurale menace de se transformer en crise politique durable. Ce non ne coûte rien à court terme. Il n’engage aucune renégociation immédiate. Il ne remet pas en cause les concessions déjà accordées aux pays sud-américains. Il ne modifie ni les quotas d’importation de viande bovine ni les conditions sanitaires prévues dans le texte. Autrement dit, il ne produit aucun effet matériel sur l’accord lui-même.
Emmanuel Macron assume d’ailleurs une ligne paradoxale. Il critique un accord « dépassé », tout en réaffirmant son attachement au libre-échange et à l’ouverture commerciale. Cette posture permet de tenir un discours ferme à destination des agriculteurs tout en évitant un affrontement frontal avec Bruxelles.
Mercosur : un accord trop avancé pour être réellement stoppé
Après plus de vingt ans de négociations, le Mercosur est arrivé à un stade de maturité politique rarement atteint. Les concessions sont actées. Les équilibres sont figés. Les intérêts économiques européens sont engagés. Revenir en arrière supposerait une crise diplomatique majeure que ni la France ni ses partenaires ne souhaitent ouvrir.
Même dans l’hypothèse d’un rejet partiel ou d’un vote négatif au Parlement européen, l’Union dispose d’outils juridiques pour appliquer provisoirement l’accord, en tout ou partie. Ce scénario, déjà utilisé dans d’autres traités commerciaux, permettrait de contourner les blocages politiques nationaux. Le Mercosur n’est plus un projet fragile mais un dossier verrouillé, porté par une majorité d’États et par la Commission européenne. Le refus de Paris arrive trop tard pour inverser la dynamique.
Le RN en embuscade menace de censure
Cette séquence offre un terrain idéal au Rassemblement national. Jordan Bardella dénonce une manœuvre « hypocrite », tardive et sans effet. Sur le fond, la critique trouve un écho certain. Le non de Macron reconnaît implicitement une incapacité à bloquer l’accord en amont, là où se jouent réellement les décisions européennes. Le RN menace donc : si l’accord est signé par Bruxelles, ce sera le gouvernement français qui en fera les frais avec le dépôt d’une motion de censure.
Ce qui risque fort d’arriver car, au final, le Mercosur suivra son cours. Il sera voté, signé, puis progressivement appliqué. Le non français restera comme un marqueur politique intérieur, utile à court terme, mais sans effet. Une protestation officielle, sans conséquence réelle, dans une Europe où les règles priment désormais sur les postures.








