Métatine : une nouvelle molécule dans les e-cigarettes inquiète

Le flou juridique autour de la métatine repose sur sa nature chimique. En France comme dans l’Union européenne, la régulation des produits de vapotage repose principalement sur la présence explicite de nicotine.

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Attention aux cigarettes électroniques aromatisées
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Le 26 mai 2025, le Comité national contre le tabagisme (CNCT) a lancé une alerte concernant la métatine, ou 6-méthyl-nicotine, une molécule dérivée de la nicotine, introduite dans certains produits de vapotage. Présentée comme une alternative sans nicotine, elle soulève toutefois de nombreuses inquiétudes quant à ses effets sur la santé.

Métatine : une molécule nouvelle, un risque ancien

La métatine, ou 6-méthyl-nicotine, est un composé de synthèse conçu pour imiter les effets de la nicotine. Elle est utilisée notamment dans des sachets oraux et des cigarettes électroniques qui affichent la mention « sans nicotine ». Cette affirmation repose sur une réalité chimique : la métatine n’est pas techniquement de la nicotine. Elle en est un analogue, c’est-à-dire une molécule proche, mais modifiée par l’ajout d’un groupe méthyle.

Cependant, la distinction s’arrête là. Sur le plan physiologique, plusieurs études indiquent que la métatine agit de façon similaire, voire plus intense, que la nicotine. D’après une publication dans la revue Toxicology Letters (Effah et al., 2025), l’inhalation de cette molécule entraîne une augmentation importante de la production de radicaux libres dans les poumons, un facteur connu pour provoquer des dommages cellulaires.

Les chercheurs précisent que l’exposition de cellules bronchiques humaines à des aérosols contenant de la métatine entraîne une cytotoxicité plus marquée que celle observée avec la nicotine classique. L’étude conclut que cette substance ne peut en aucun cas être considérée comme « plus sûre ».

Un pouvoir addictif sous-estimé : le CNCT lance l’alerte

Le Comité national contre le tabagisme affirme que la métatine pourrait être jusqu’à trois fois plus addictive que la nicotine, sur la base d’essais précliniques. Bien que ces données soient encore limitées à des modèles animaux ou cellulaires, le potentiel addictif est jugé préoccupant.

D’autant plus que cette molécule n’est pas encadrée juridiquement. Elle ne figure pas dans la liste des substances soumises à surveillance sanitaire, ce qui empêche aujourd’hui toute évaluation officielle de son danger. Comme le rappelle Anne Batisse, responsable du centre d’addictovigilance de Paris citée par Le Figaro : « Le cobaye, c’est l’homme ». Le manque de données cliniques, l’absence de recul toxicologique, et l’usage croissant de cette molécule dans des produits à large diffusion font peser une incertitude sanitaire que les autorités ne peuvent ignorer.

Une stratégie commerciale ciblée vers les jeunes

La présentation commerciale des produits contenant de la métatine est particulièrement soignée : packagings colorés, arômes fruités, communication sur les réseaux sociaux par des influenceurs. Ces dispositifs sont largement destinés à un public adolescent.

Selon les relevés du CNCT, certains influenceurs n’hésitent pas à affirmer que la métatine « n’est pas addictive, ni psychoactive », allant jusqu’à la comparer à un « coup de boost » similaire à la caféine. Des arguments démentis par les premières analyses scientifiques. Le CNCT alerte également sur l’apparition de dispositifs hybrides associant vapotage et récompense ludique, comme une console de jeu reliée à une vapoteuse, dans laquelle chaque inhalation donne accès à des points ou des cadeaux.

Un vide réglementaire à combler d’urgence

Le flou juridique autour de la métatine repose sur sa nature chimique. En France comme dans l’Union européenne, la régulation des produits de vapotage repose principalement sur la présence explicite de nicotine. Or, la métatine n’étant pas classifiée comme telle, elle échappe à cette réglementation.

Le CNCT a toutefois décidé de porter plainte contre un fabricant, en se fondant non pas sur la nature de la molécule, mais sur les pratiques commerciales, jugées contraires à la loi. « On n’a pas le droit de faire de publicité, à l’exception sur le lieu de vente […] Cette interdiction est transposable sur Internet, et ce n’est pas du tout respecté », précise Amélie Eschenbrenner, responsable du plaidoyer au CNCT interrogée par Franceinfo. À ce jour, ni l’Agence européenne des médicaments (EMA), ni la Food and Drug Administration (FDA) américaine n’ont intégré la métatine dans leurs listes de substances surveillées, bien que plusieurs laboratoires et publications appellent à un encadrement rapide.

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