Microplastiques : les fleuves contaminés, l’organisme en danger

Le projet Tara a mis en évidence que même les zones rurales ou montagneuses présentaient des concentrations significatives.

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Le 6 avril 2025 marque une étape capitale dans la compréhension des risques liés aux microplastiques. À la suite d’un travail de recherche collectif mené par l’équipe scientifique de la mission Tara Microplastiques, 14 publications scientifiques ont été rendues publiques. Leur objet : l’analyse de la pollution microplastique dans neuf fleuves européens, à travers un protocole rigoureux associant modélisation hydrologique, prélèvements multisites et analyse physico-chimique de haute précision.

Les microplastiques se retrouvent… dans tous les fleuves

Les résultats révèlent que tous les fleuves étudiés présentent une concentration stable et homogène de microplastiques – en moyenne trois particules par mètre cube d’eau, soit plusieurs milliers d’unités transportées par seconde selon le débit des cours d’eau, selon BFMTV.

Les microplastiques sont définis comme des fragments plastiques de moins de cinq millimètres, souvent inférieurs à la taille d’un grain de sable. Leurs origines sont multiples : fibres textiles synthétiques, granulés industriels, résidus de cosmétiques, dégradation de produits plastiques ou poussières urbaines. Ces particules sont omniprésentes dans les eaux usées, les sols, les océans et désormais… les organismes vivants.

Alerte aux microplastiques pour l’Homme

Là où la recherche devient préoccupante, c’est dans la capacité de ces particules à franchir les barrières biologiques. Selon le Programme des Nations unies pour l’environnement (UNEP), les microplastiques ont été retrouvés dans le foie, les poumons, le sang, les intestins et le placenta de nouveau-nés (UNEP, avril 2023). Ils peuvent être inhalés, ingérés ou traverser la peau, via l’eau potable, les fruits de mer, les produits cosmétiques ou même l’air ambiant.

Des études récentes suggèrent des effets mécaniques (lésions tissulaires) mais aussi chimiques, dus aux additifs contenus dans les plastiques (bisphénol A, phtalates, retardateurs de flamme), reconnus pour leurs propriétés perturbatrices endocriniennes et cancérogènes potentielles. Le rapport From Pollution to Solution (PNUE, 2021) note que ces substances sont associées à des troubles hormonaux, des atteintes du système immunitaire, des retards de développement neurologique et des troubles respiratoires. La responsable du pôle marin au PNUE, Leticia Carvalho, alerte : « Les impacts des microplastiques sur la physiologie humaine et marine doivent devenir une priorité scientifique dans la Décennie de la science océanique ».

Contamination chronique : les sources insoupçonnées du quotidien

Le projet Tara a mis en évidence que même les zones rurales ou montagneuses présentaient des concentrations significatives. Le fait que les relevés effectués à l’amont des villes soient similaires à ceux de l’aval suggère une dispersion constante, renforcée par la circulation atmosphérique et les précipitations.

L’étude révèle aussi une présence préoccupante de granulés industriels vierges, appelés « larmes de sirène », identifiés dans près de 25 % des échantillons collectés. Ces microbilles de polymère utilisées dans l’industrie plastique s’échappent lors des phases de transport ou de transformation, avant même d’avoir été utilisées pour fabriquer un produit.

Des implications sanitaires encore sous-estimées

La dangerosité des microplastiques tient autant à leur nature chimique qu’à leur capacité à accumuler et transporter des polluants. Ils se comportent comme des vecteurs de métaux lourds, de résidus pharmaceutiques, de pesticides ou de bactéries pathogènes.

La recherche indique que les particules les plus fines, dites nanoplastiques, peuvent franchir la barrière hémato-encéphalique. Cela soulève des questions sur leurs effets neurologiques à long terme, encore très mal documentés. Le temps d’exposition chronique, couplé à une bioaccumulation potentielle, pousse les chercheurs à réclamer un programme de surveillance épidémiologique à l’échelle européenne. À ce jour, aucun seuil d’exposition n’a été officiellement défini, et la réglementation européenne reste lacunaire sur les particules plastiques dites « non intentionnelles ».

Le constat est désormais indiscutable : la pollution plastique n’est plus seulement une question environnementale, elle est devenue une question de santé publique. Les microplastiques s’accumulent dans les fleuves, migrent dans les organismes vivants et s’installent dans le métabolisme humain.

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