On croit souvent que tout adulte en France dispose d’une voiture et la conduit quotidiennement, comme s’il s’agissait d’un droit d’usage universel, voire d’un réflexe ancré. Or, les résultats de l’enquête nationale menée en 2025 par le Forum Vies Mobiles et le Crédoc viennent démonter cette idée reçue. Contrairement aux clichés, la voiture ne répond plus aux besoins de nombreux Français, et parfois même ne leur est plus accessible du tout.
Un tiers des Français ne conduit pas du tout
Selon les résultats de cette étude, un Français sur trois est structurellement empêché de conduire. Dans le détail, environ 20 % de la population est âgée de moins de 17 ans, et donc légalement inapte à obtenir un permis. À cela s’ajoutent 9 % d’adultes qui ne possèdent pas de permis de conduire valide en France, que ce soit par choix, par contrainte financière, ou parce qu’ils détiennent un permis étranger non reconnu. Enfin, au moins 4 % des adultes souffrent d’une incapacité permanente les empêchant physiquement ou médicalement de conduire.
Ce qui surprend peut-être encore davantage, c’est que la possession d’un permis ne garantit en rien une pratique régulière de la conduite. Seuls 18 % des titulaires du permis affirment pouvoir conduire dans toutes les situations sans restriction. La plupart renoncent dans certaines situations précises, évitant par exemple de rouler la nuit ou dans des zones urbaines trop denses, ou bien lorsqu’ils se sentent fatigués ou anxieux. Certains doivent même interrompre toute pratique pendant des semaines ou des mois.
Jeunes conducteurs, météo, inquiétudes… des freins parfois inattendus
Les jeunes adultes, en particulier, sont très largement concernés. Chez les 18-24 ans, 97 % déclarent renoncer à la conduite au moins de manière occasionnelle. Plus de la moitié d’entre eux citent le coût élevé comme premier facteur de renoncement, tandis que 54 % indiquent qu’ils ne peuvent pas utiliser la voiture parce qu’elle n’est pas disponible dans leur entourage. À cela s’ajoutent 46 % d’entre eux qui se sentent mal à l’aise en conduite rurale, et 60 % en conduite urbaine dense.
L’enquête pointe aussi des empêchements plus diffus, mais tout aussi décisifs : les peurs subjectives, les gênes physiques, le sentiment d’insécurité. Près de 43 % des conducteurs évitent de conduire de nuit, dont 7 % qui déclarent ne jamais le faire. Conduire en ville rebute 10 % des personnes interrogées, et les routes rurales ou montagneuses sont redoutées par autant. L’absence de stationnement disponible pousse 11 % à laisser leur véhicule à l’arrêt. Et les conditions météorologiques difficiles constituent un frein pour près de la moitié des conducteurs.
Les femmes, plus nombreuses à déclarer une gêne ou un renoncement dans ces situations, sont 50 % à éviter de conduire la nuit et 55 % à éviter de conduire par mauvais temps, contre respectivement 36 % et 45 % chez les hommes.
Des obstacles matériels et administratifs aux conséquences bien réelles
Au-delà de l’inconfort et des freins psychologiques, l’étude fait ressortir un faisceau de contraintes bien concrètes. Environ 13 % des conducteurs indiquent qu’ils ont renoncé à prendre le volant au moins une fois cette année à cause de frais de déplacement jugés trop élevés. La fatigue ou la somnolence est mentionnée comme cause d’empêchement par 8 % des conducteurs. 6 % déclarent ne pas conduire à cause d’une panne du véhicule, et 17 % indiquent qu’ils ne peuvent pas prendre le volant car la voiture est utilisée par un autre membre du foyer.
Mais les barrières ne s’arrêtent pas là. Ainsi, 15 % des personnes concernées renoncent à conduire parce que leur contrôle technique n’est plus valable, 10 % à cause d’une assurance expirée, et 9 % en raison d’un permis non renouvelé, suspendu ou expiré. Chez les hommes, ces pourcentages montent même à 13 % pour l’assurance et 12 % pour le permis.
Cette impossibilité de conduire ne reste pas sans effet sur la vie quotidienne. L’étude montre que 21 % des Français ont déjà dû renoncer à effectuer une démarche administrative par manque de solution de transport, 22 % ont reporté un examen médical, 28 % ont abandonné une activité de loisir, et 32 % n’ont pas pu rendre visite à des proches. Le constat est encore plus frappant chez ceux qui ne conduisent jamais : plus de la moitié d’entre eux disent ne pas pouvoir rendre visite à leurs proches, et 48 % n’ont plus accès à leurs loisirs habituels.
Ce type de renoncement influe aussi sur l’insertion professionnelle : 15 % des personnes interrogées déclarent avoir refusé un emploi, une formation ou une mission faute de possibilité de déplacement autonome. La voiture devient ainsi non seulement un outil de transport, mais aussi un filtre social majeur, un facteur d’accès — ou d’exclusion.












