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Mode d’emploi : comment détruire une économie avec un impôt symbolique

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Selon une ONG, 1% de la population mondiale possède la moitié des richesses
Mode d’emploi : comment détruire une économie avec un impôt symbolique | www.nlto.fr

Vous voulez un pays qui se prive lui-même de ses forces vives, qui décourage l’investissement productif, qui transforme l’entrepreneuriat en sport de combat administratif, et qui finit par se demander, l’air étonné, pourquoi la base fiscale se tasse ? Très simple : prenez un impôt à forte charge symbolique, faites croire qu’il “fait payer les riches”, et refusez de regarder ce qu’il coûte en comportements d’évitement, en départs, en projets annulés, en énergie perdue. L’ISF est un cas d’école, parce que son débat public a longtemps été saturé de morale, au détriment de la comptabilité économique.

Première règle : confondre justice fiscale et efficacité fiscale, et se satisfaire d’un rendement “sur le papier”

Le piège est enfantin : vous regardez une ligne de recette, vous criez victoire, et vous oubliez que l’assiette est mobile et que le capital choisit ses juridictions. Le raisonnement “ça rapporte 2, 3, 4 milliards, donc c’est bon” est le raisonnement qui ruine à long terme, parce qu’il ignore la réponse des contribuables, l’optimisation, la réallocation de portefeuille, et, oui, le départ. Rexecode, dans une étude de janvier 2026, met précisément le doigt sur ce point : en fin de période, les pertes de rentrées fiscales associées aux réponses comportementales pourraient atteindre environ 9 milliards, quand les recettes encaissées restent de l’ordre de 2 à 5 milliards, avec en toile de fond une perte de revenu national estimée entre 19 et 24 milliards. Voilà votre recette miracle : un impôt qui donne une satisfaction morale immédiate et une facture économique différée.

Deuxième règle : rendre le système instable, illisible, changeant, pour transformer l’économie en jeu de devinettes

Rien de plus toxique que l’incertitude fiscale répétée : vous n’avez même pas besoin d’augmenter les taux, il suffit de changer les règles tous les deux ans, de bricoler les assiettes, d’ajouter des exceptions, puis de les retirer. Dans ce contexte, les agents économiques ne “protestent” pas : ils s’adaptent. Ils déplacent, ils requalifient, ils reportent, ils externalisent. Et une fraction finit par partir, parfois sans tambour ni trompette, parfois avec une activité entière qui suit. L’étude Rexecode insiste sur cette réactivité des redevables et sur le caractère instable de l’impôt, et c’est exactement ainsi qu’on obtient un système qui épuise les entrepreneurs les plus visibles, mais surtout qui assèche silencieusement le flux de décisions d’investissement.

Troisième règle : nier la zone grise, c’est-à-dire tout ce qu’on ne mesure pas bien, donc tout ce qui compte vraiment

Le plus destructeur n’est pas ce que vous voyez, c’est ce que vous ne verrez jamais : la startup qui ne se crée pas en France, le siège qui s’installe ailleurs, l’investisseur qui se détourne, le dirigeant qui arbitre sa résidence, la transmission qui se complique et pousse à la vente, les talents qui suivent l’écosystème. Les travaux du CAE rappellent que, statistiquement, l’effet agrégé de l’exil fiscal peut être jugé relativement modeste, ce qui doit inciter à la rigueur et éviter les slogans inverses. Mais “modeste” ne signifie pas “nul”, et surtout cela n’épuise pas la question politique : si, pour chaque euro espéré, une part significative est mangée par des réponses comportementales, alors vous fabriquez une fiscalité qui abîme la base qu’elle prétend taxer. Le meilleur moyen de “détruire une économie” n’est pas d’écraser tout le monde : c’est de cibler ceux qui peuvent bouger, puis de feindre d’être surpris quand ils bougent. Ce phénomène touche aussi les plus jeunes avec certains jeunes entrepreneurs qui partent avant même d’avoir gagné un euro. Et pourtant des années après on les voit avec des milliers de salariés à l’étranger. Dommage… mais trop tard. Merci à nos hommes et femmes politiques qui pour chasser des suffrages vont en connaissance de cause faire adopter des mesures dangereuses pour la France.

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