Dans les forêts de l’Oise, un décor d’Amérique a fait rêver des générations d’enfants. La Vallée des Peaux-Rouges, née dans les années 1960 à Fleurines, fut bien plus qu’un simple parc d’attraction : un morceau d’imaginaire collectif, à la fois naïf, libre et profondément français.
Un rêve d’Ouest dans la forêt de l’Oise
Tout commence en 1966, à Fleurines, à deux pas de Senlis. Deux hommes, Robert Mottura, décorateur et passionné d’indianisme, et Philippe Cart-Tanneur, décident de créer un parc entièrement dédié à l’univers du western. Dans cette vallée entourée d’arbres, ils installent un village d’Indiens, un fort en bois, des chevaux, un train miniature et des saloons. Le lieu, baptisé La Vallée des Peaux-Rouges, devient rapidement un lieu d’évasion familiale. On y vient le dimanche, souvent depuis Paris, pour vivre quelques heures au rythme des cow-boys et des pionniers. Les spectacles y sont faits maison : attaques de diligence, duels, cascades. Mario Luraschi y fait ses débuts. Tout est artisanal, sincère, animé par des passionnés. On ne cherche pas le réalisme mais l’évasion. L’Amérique se rejoue, à petite échelle, dans une clairière française.
L’enfance d’une époque
Dans les années 1970, la Vallée des Peaux-Rouges incarne une France joyeuse et confiante. C’est le temps des Trente Glorieuses, celui où l’on croit encore à la modernité et aux grands espaces. Les westerns passent à la télévision, les enfants s’imaginent shérifs, et la culture américaine infuse jusque dans les bois de l’Oise. Le parc devient un théâtre populaire où chacun peut, pour quelques heures, se rêver libre. Il y a dans ces planches et ces tipis une poésie naïve : celle d’une époque qui s’amusait de tout, sans cynisme ni second degré. Ce monde-là ignorait la standardisation des loisirs, les files d’attente chronométrées et les licences officielles ; il vivait de poussière, de sueur et de bonne volonté. C’était le temps où le rêve se construisait à la main, avec du bois, de la peinture et de l’enthousiasme.
La fin du décor et le parfum du souvenir
Puis vint la fin des illusions. En 1988, la Vallée ferme ses portes. Disneyland s’installe en France, et avec lui une autre idée du divertissement : plus vaste, plus lisse, plus rentable. Le vieux parc de Fleurines paraît soudain d’un autre âge. Ses palissades s’effondrent, ses tipis pourrissent, la végétation reprend le dessus. Pourtant, pour ceux qui l’ont connu, le souvenir reste intact. Aujourd’hui, un parc d’accrobranche a pris sa place : on y grimpe aux arbres sans imaginer qu’ici, autrefois, des Indiens dansaient autour du feu. Mais si l’on tend l’oreille, au détour d’un sentier, on croit encore entendre un hennissement, un coup de feu, un tambour. C’est que la Vallée des Peaux-Rouges n’a jamais vraiment disparu : elle survit dans la mémoire d’une France qui rêvait encore, un dimanche après-midi, d’aventure et de liberté.












