Nouvelle baisse des taux : La BCE joue-t-elle avec le feu ?

La Banque centrale européenne le reconnaît elle-même : si l’inflation ralentit doucement, portée par un « processus de désinflation en bonne voie », les prix de l’énergie, eux, restent imprévisibles et menaçants.

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Christine Lagarde aime décidément l’équilibre, quitte à marcher sur un fil toujours plus mince. Ce 6 mars 2025, la Banque centrale européenne (BCE) a encore abaissé ses taux directeurs de 25 points de base. Un nouveau geste fort, le sixième en huit mois, ramenant le taux de dépôt à 2,50 %, celui de refinancement à 2,65 % et le taux de prêt marginal à 2,90 %. Jamais depuis la crise financière des années 2010 l’institution monétaire européenne n’avait agi avec autant d’insistance.

Relancer l’économie européenne par la baisse des taux directeurs

Mais derrière l’apparente fermeté de la BCE se cache une inquiétude croissante : jusqu’où peut-elle aller sans perdre pied ? Car si l’objectif reste clairement affiché – relancer une économie européenne essoufflée tout en contenant une inflation encore rebelle – la stratégie fait débat. Les marchés financiers, sensibles aux signaux contradictoires, sont sur les nerfs.

La Banque centrale européenne le reconnaît elle-même : si l’inflation ralentit doucement, portée par un « processus de désinflation en bonne voie », les prix de l’énergie, eux, restent imprévisibles et menaçants. Et la croissance dans tout cela ? À peine 0,9 % prévu pour la zone euro en 2025, une révision à la baisse par rapport aux prévisions antérieures. Autant dire que le rebond économique européen est fragile, surtout face à une Amérique où la Réserve fédérale a, elle, mis un coup d’arrêt à ses propres baisses de taux.

Vers une pause dans la baisse des taux pour la BCE ?

Cette situation alimente un vif débat au sein même de la BCE. Isabel Schnabel, membre influente du directoire, pousse depuis plusieurs semaines pour une pause immédiate. Selon elle, les taux actuels pourraient bien être à ce fameux « niveau neutre » – celui qui ne freine ni ne stimule la croissance. Mais d’autres voix s’élèvent pour continuer à soutenir une économie européenne quasi stagnante en fin d’année dernière.

Les investisseurs, eux, ne cachent pas leur perplexité face à ces hésitations. Preuve de cette nervosité, les taux souverains en zone euro ont paradoxalement bondi après l’annonce de la baisse des taux, signe que les marchés anticipent déjà un changement imminent de cap. En France notamment, le taux d’emprunt à 10 ans dépasse désormais 3,6 %, niveau jamais atteint depuis la crise de la dette de 2011. Christine Lagarde a beau promettre des décisions prises au coup par coup, le doute s’est bel et bien installé.

Mais ce n’est pas tout. L’Allemagne vient compliquer davantage l’équation avec l’annonce d’un plan massif d’investissement dans ses infrastructures et sa défense. Ce plan, chiffré en centaines de milliards d’euros, pourrait bien relancer la croissance en Europe, certes, mais aussi alimenter à nouveau l’inflation. De quoi remettre en cause toute la stratégie actuelle de taux bas.

Alors, ce nouvel assouplissement sera-t-il le dernier avant une pause nécessaire ? Plusieurs indices plaident en ce sens : le marché obligataire sous tension, une inflation imprévisible et les initiatives allemandes potentiellement inflationnistes. La BCE devra trancher vite pour ne pas perdre le contrôle d’une situation déjà périlleuse.

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