Nucléaire : les contradictions d’Ursula von der Leyen révèlent la crise stratégique de l’Union européenne

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Ursula Von Der Leyen & Emmanuel Macron February 2025
Ursula von der Leyen & Emmanuel Macron - February 2025, Aurore Martignoni, CC 4.0 | www.nlto.fr

Sortie du nucléaire hier, erreur stratégique aujourd’hui. En quinze ans, la position d’Ursula von der Leyen sur l’énergie nucléaire a profondément changé. Ce revirement spectaculaire ne révèle pas seulement une évolution personnelle : il met aussi en lumière les contradictions de la politique énergétique européenne et pose une question plus large sur la cohérence stratégique de l’Union européenne.

De la sortie du nucléaire allemande à l’«erreur stratégique»

En 2011, après la catastrophe de Fukushima, l’Allemagne décide d’abandonner progressivement l’énergie nucléaire dans le cadre de sa transition énergétique, l’Energiewende. Ursula von der Leyen, alors membre du gouvernement d’Angela Merkel, soutient cette orientation politique qui prévoit la fermeture progressive des centrales nucléaires et un développement massif des énergies renouvelables. Quinze ans plus tard, le discours a radicalement changé. En mars 2026, lors d’un sommet international sur le nucléaire à Paris, Ursula von der Leyen affirme que la réduction de la part du nucléaire dans le mix énergétique européen constitue une « erreur stratégique ». Elle rappelle que l’atome représentait environ un tiers de l’électricité européenne dans les années 1990 contre environ 15 % aujourd’hui. Entre ces deux positions, la présidente de la Commission européenne a pourtant soutenu en 2022 un compromis politique incluant le nucléaire dans la taxonomie verte européenne, un dispositif destiné à orienter les investissements dans la transition climatique.

Une incohérence révélatrice

Ces positions successives illustrent les contradictions de la politique énergétique européenne. L’Union européenne a longtemps encouragé certaines orientations énergétiques avant d’en constater les limites face aux réalités géopolitiques. La guerre en Ukraine et la crise énergétique ont brutalement rappelé la dépendance européenne aux importations d’énergie, notamment au gaz russe. Plusieurs pays européens ont alors réévalué le rôle du nucléaire dans leur sécurité énergétique. L’évolution du discours de la présidente de la Commission européenne reflète donc un changement de contexte mais aussi une difficulté plus profonde : l’Union européenne peine à définir une stratégie énergétique stable et cohérente sur le long terme.

Une crise de cohérence européenne

Ce revirement alimente aujourd’hui les critiques de ceux qui considèrent que l’Union européenne souffre d’un déficit stratégique. En soutenant la sortie du nucléaire en Allemagne puis en reconnaissant aujourd’hui l’importance de cette énergie pour la sécurité énergétique européenne, Ursula von der Leyen incarne malgré elle les hésitations d’une Europe confrontée à des choix énergétiques majeurs. Pour certains observateurs, cette évolution pose une question plus large : l’Union européenne dispose-t-elle encore d’une vision stratégique cohérente ou subit-elle simplement les crises successives ?

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