Alliée, partenaire… ou variable d’ajustement ?
L’actualité géopolitique le rappelle sans détour : les alliances ne suppriment jamais les rapports de force. Elles les organisent. C’est l’un des enseignements majeurs de France : une souveraineté sous influence ? La France évolue dans des réseaux de puissance : OTAN, Union européenne, partenariats transatlantiques, où l’alignement des intérêts est souvent présumé, rarement réel. La souveraineté n’y disparaît pas brutalement ; elle s’y négocie, parfois jusqu’à se dissoudre.
L’alliance n’est jamais une garantie
Christophe Assens rappelle une évidence stratégique trop souvent oubliée : une alliance n’est pas une communauté d’intérêts, mais un espace de négociation permanente. Les cadres multilatéraux offrent protection et coordination, mais ils structurent aussi des hiérarchies implicites. Dans ces structures, la puissance dominante fixe les priorités, les doctrines et les standards. Les autres s’adaptent. La question n’est donc pas de savoir si la France est alliée, mais si elle demeure capable d’imposer ses propres intérêts au sein de ces ensembles.
OTAN et dépendance stratégique
L’OTAN reste le socle de la sécurité européenne. Mais l’auteur montre que la dépendance sécuritaire vis-à-vis des États-Unis s’est progressivement étendue à d’autres domaines : doctrine militaire, technologies critiques, systèmes d’armes, renseignement. La France conserve des marges d’autonomie, notamment nucléaires. Mais elle opère dans un cadre où l’initiative stratégique est largement conditionnée par des choix qui ne sont pas les siens. Le risque n’est pas l’alliance elle-même. Le risque est la substitution progressive de la souveraineté par la protection.
L’Europe, entre ambition et impuissance
L’Union européenne ambitionne une autonomie stratégique, mais peine à la concrétiser. Faute de vision commune, de politique industrielle cohérente et de capacités technologiques partagées, elle reste un acteur normatif plus que stratégique. Dans cet entre-deux, la France se retrouve souvent isolée : trop indépendante pour un alignement atlantiste complet, trop seule pour entraîner l’Europe vers une véritable puissance politique.
Le cœur du diagnostic
Le message de Christophe Assens est clair : le danger n’est pas l’alliance, mais la dépendance stratégique non assumée.
– dépendance industrielle,
– dépendance technologique,
– dépendance doctrinale.
Lorsqu’un État cesse de penser ses intérêts propres, il finit par adopter ceux de ses partenaires les plus puissants. Non par contrainte, mais par habitude.
Une règle intemporelle
Le livre rappelle enfin une vérité fondamentale des relations internationales : il n’y a pas d’amitié durable entre États, seulement des intérêts durables. Oublier cette règle, c’est accepter de devenir une variable d’ajustement dans des stratégies conçues ailleurs. La souveraineté ne disparaît pas d’un coup : elle s’efface lorsque l’on cesse de la penser.








