Par peur de Trump, le prix Ig Nobel s’exile en Europe

Il existe une règle tacite des Ig Nobels : la réalité finit toujours par dépasser la satire.

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Par peur de Trump, le prix Ig Nobel s’exile en Europe | www.nlto.fr

Les Ig Nobels quittent les États-Unis pour la première fois en trente-cinq ans. Direction Zurich. Officiellement, il s’agit d’éviter les complications de visas pour les chercheurs internationaux. Officieusement, la décision ressemble à un commentaire scientifique très discret sur l’état politique du pays. Ironie ultime : Donald Trump, qui rêvait du prix Nobel de la paix, pourrait bien inspirer malgré lui un parfait candidat… au prix Ig Nobel de la paix.

Les Ig Nobels quittent les États-Unis

La 36e cérémonie des Ig Nobels ne se tiendra pas à Boston cette année. Pour la première fois depuis la création du prix, l’événement quitte les États-Unis pour s’installer en Europe. La remise des prix est annoncée pour le 3 septembre 2026 à Zurich, selon les informations relayées par Associated Press.

L’événement existe depuis 35 ans et se déroulait traditionnellement dans l’écosystème universitaire de Boston, autour de Harvard, du MIT et de Boston University. Les Ig Nobels — organisés par le magazine scientifique Annals of Improbable Research — récompensent des recherches scientifiques improbables qui « font d’abord rire puis réfléchir », selon la définition officielle.

Mais cette année, c’est la cérémonie elle-même qui fait réfléchir.

Et pas forcément pour les raisons habituelles.

Les Ig Nobels confrontés au risque des visas

La décision de quitter les États-Unis a été motivée par une inquiétude très concrète : la difficulté croissante pour les invités internationaux d’entrer dans le pays.

Marc Abrahams, fondateur des Ig Nobels, n’a pas tourné autour du pot. « Au cours de l’année écoulée, il est devenu dangereux pour nos invités de venir dans le pays. Nous ne pouvons pas, en toute conscience, demander aux nouveaux lauréats ou aux journalistes internationaux de se rendre aux États-Unis », a-t-il expliqué dans le Guardian.

Dans le monde scientifique, l’information a été accueillie avec un mélange de perplexité et de résignation. Les Ig Nobels sont un événement profondément international. Des chercheurs du monde entier y présentent leurs travaux, souvent avec humour, mais toujours avec rigueur scientifique. Or, ces derniers mois, les obstacles administratifs ont commencé à peser lourd.

Lors de la dernière édition organisée à Boston, quatre des dix équipes récompensées n’ont même pas pu faire le déplacement. Dans un événement où les lauréats montent sur scène pour expliquer leurs recherches — parfois en costume de vache zébrée ou avec des expériences absurdes — ce n’est pas un détail. Le problème est simple : si les chercheurs ne peuvent pas venir, la cérémonie perd son sens.

Zurich, nouvelle capitale européenne de la science improbable ?

La solution est donc venue d’Europe.

La 36e édition se déroulera à Zurich, dans un environnement académique solide autour de l’ETH Zurich et de l’université de Zurich. Ces institutions participeront à l’organisation de l’événement.

Marc Abrahams n’a pas résisté à une pointe d’humour pour annoncer ce déménagement. « La Suisse a déjà produit beaucoup de choses inattendues : la physique d’Albert Einstein, l’économie mondiale et l’horloge à coucou », a-t-il ironisé dans le Guardian.

Derrière la plaisanterie se cache pourtant une décision potentiellement durable. Selon Associated Press, les organisateurs envisagent désormais une alternance : Zurich une année sur deux, et d’autres villes européennes les années intermédiaires.

En clair, l’Europe pourrait devenir la nouvelle base de l’événement.

Un détail qui n’est pas seulement logistique.

Donald Trump et l’ironie d’un possible Ig Nobel de la paix

Il existe une règle tacite des Ig Nobels : la réalité finit toujours par dépasser la satire.

Cette année, l’ironie est presque trop parfaite.

Donald Trump a longtemps exprimé son regret de ne pas avoir reçu le prix Nobel de la paix, estimant que ses initiatives diplomatiques n’avaient pas été reconnues. Mais pendant que ce débat continuait à Washington, l’un des événements scientifiques les plus célèbres du pays décidait discrètement de quitter les États-Unis.

Non pas pour une question de budget. Ni pour un problème logistique.

Mais pour éviter les complications politiques liées aux visas et au climat migratoire.

Une cérémonie scientifique internationale préfère désormais organiser son événement en Europe plutôt qu’aux États-Unis pour garantir la présence de chercheurs étrangers.

On imagine facilement le type de sujet qui pourrait émerger dans un futur Ig Nobel de la paix.

Après tout, l’histoire des Ig Nobels regorge de récompenses pour des situations involontairement comiques ou révélatrices. Des chercheurs ont déjà été primés pour avoir peint des vaches avec des rayures de zèbre afin de repousser les mouches ou pour avoir étudié les préférences alimentaires de lézards face à différentes pizzas, rappelle Associated Press.

La tradition consiste à célébrer des recherches qui semblent absurdes mais qui révèlent une vérité plus profonde. Dans ce contexte, l’idée qu’une politique migratoire puisse pousser un événement scientifique international à quitter le pays qui l’a vu naître pourrait presque constituer un cas d’étude. Et l’ironie serait totale.

Le président qui voulait un Nobel de la paix pourrait, involontairement, devenir une inspiration parfaite pour un Ig Nobel.

Une géopolitique de la science qui devient visible

L’affaire dépasse évidemment la simple cérémonie.

Le climat autour des chercheurs étrangers aux États-Unis s’est durci ces dernières années. Une plainte citée par Reuters le 9 mars 2026 accuse par exemple l’administration américaine d’avoir utilisé des refus de visas et des menaces d’expulsion contre certains chercheurs travaillant sur la désinformation en ligne.

« L’administration Trump utilise la menace de détention et d’expulsion pour faire taire des discours qu’elle n’apprécie pas », a déclaré l’avocate Carrie DeCell dans Reuters le 9 mars 2026.

Les autorités américaines contestent cette interprétation. Un porte-parole du département d’État a répondu que « les États-Unis n’ont aucune obligation d’accepter sur leur territoire des personnes qui sapent leurs lois ou les droits constitutionnels de leurs citoyens », selon Reuters.

Dans les universités, les conséquences se font déjà sentir. En Floride, par exemple, les universités publiques ont suspendu le recrutement de nouveaux enseignants étrangers via le programme de visa H-1B jusqu’au 5 janvier 2027.

Dans ce contexte, les Ig Nobels deviennent presque un thermomètre.

Pendant trente-cinq ans, Boston était un symbole de la science ouverte et internationale. Aujourd’hui, une cérémonie scientifique décide de traverser l’Atlantique pour garantir la participation de chercheurs étrangers.

Ce déplacement ne fait pas rire. Mais comme souvent avec les Ig Nobels, il oblige à réfléchir.

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