Permis de conduire : le CPF sacrifié sur l’autel du budget 2026

Le permis de conduire n’était visiblement plus une priorité. En actant la quasi-exclusion du CPF pour financer la formation à la conduite, le budget 2026 envoie un signal brutal aux actifs qui n’auraient pas encore de permis. Officiellement, il s’agit d’économies. Officieusement, c’est un recul majeur du droit à la mobilité, assumé sans détour par l’État.

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La décision est tombée fin janvier 2026, sans surprise mais non sans fracas. Dans le cadre du budget 2026, le gouvernement a tranché : le permis de conduire ne sera plus financé par le CPF pour les salariés. Seuls les demandeurs d’emploi conserveront ce droit. Une réforme réglementaire lourde, qui bouleverse l’équilibre entre mobilité, emploi et financement public de la conduite.

Permis de conduire et CPF : une réforme réglementaire passée en force

Le permis de conduire sort du champ d’éligibilité du CPF. Le texte budgétaire prévoit explicitement que le financement de la formation à la conduite sera réservé aux personnes sans emploi. Les actifs, eux, devront se débrouiller. Le tout a été adopté via l’article 49.3, évitant ainsi tout débat parlementaire approfondi.

Ce passage en force n’est pas anodin. Le permis de conduire était devenu l’un des usages centraux du CPF. En 2023, près d’un quart des formations financées concernaient le permis B, selon des chiffres relayés par l’AFP. Autrement dit, l’État supprime l’un des principaux débouchés du dispositif, au nom d’une orthodoxie budgétaire assumée.

Derrière la justification officielle, le raisonnement est strictement comptable. Le financement du permis via le CPF coûterait environ 300 millions d’euros par an. Une ligne budgétaire jugée excessive. Peu importe que le permis de conduire conditionne l’accès à l’emploi dans une large partie du territoire. La réglementation tranche net : mobilité individuelle et politique de formation ne font plus cause commune.

Interdiction de fait pour les salariés : la mobilité reléguée au second plan

Dans les faits, cette réforme crée une interdiction déguisée. Le permis de conduire reste théoriquement accessible, mais son coût devient de nouveau un obstacle majeur. Entre 1 500 et 2 000 euros pour un permis B, la facture est désormais intégralement reportée sur les épaules des salariés.

Les acteurs de la conduite ne s’y trompent pas. Les organisations professionnelles parlent d’une rupture profonde. Le président de 40 Millions d’automobilistes a dénoncé, dans Le Parisien, un « mépris total pour ceux qui travaillent », rappelant que la mobilité est une nécessité quotidienne, pas un confort optionnel. Une analyse partagée par de nombreuses auto-écoles, qui redoutent un effondrement de la demande.

Un mauvais calcule du gouvernement ?

Sur le papier, la réforme est censée recentrer le CPF sur l’emploi. Dans la réalité, elle risque de produire l’effet inverse. Le permis de conduire demeure un prérequis implicite dans des secteurs entiers : artisanat, logistique, services à la personne, commerce, maintenance. Supprimer son financement revient à fermer l’accès à ces métiers pour une partie de la population s’ils ne peuvent pas financer de leur poche.

Or, en 2024, environ 1,5 million de candidats auraient utilisé le CPF pour financer leur permis, selon des estimations relayées par l’AFP. Autant de parcours professionnels désormais fragilisés. Autant de risques de reports, d’abandons ou de renoncements, faute de moyens. La réglementation 2026 fait donc un pari risqué. Économiser quelques centaines de millions d’euros aujourd’hui, au prix d’un affaiblissement durable de la mobilité professionnelle.

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