Polémique : la SNCF renonce aux Smartbox sous la pression syndicale

La controverse autour des coffrets Smartbox a déclenché un bras de fer inédit entre la SNCF et les syndicats, notamment SUD-Rail, qui dénoncent l’association de l’entreprise publique avec un acteur économique jugé idéologiquement problématique.

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Le 14 novembre 2025, la SNCF s’est retrouvée au cœur d’une polémique politique après avoir proposé des coffrets Smartbox dans un concours interne destiné aux cheminots. Cette initiative, perçue comme anodine en interne, a rapidement dégénéré en conflit ouvert lorsque le syndicat SUD-Rail a dénoncé un partenariat jugé incompatible avec les valeurs de l’entreprise publique. Le débat s’est amplifié parce qu’il touche à la fois à la neutralité politique de la SNCF, aux enjeux syndicaux et au rôle de Pierre-Édouard Stérin, propriétaire du groupe Smartbox, régulièrement ciblé pour ses prises de position idéologiques.

Une polémique née d’un simple “cadeau” interne de la SNCF

Le cœur du conflit plonge dans un concours interne organisé dans un établissement TGV breton, où la SNCF prévoyait d’offrir des coffrets Smartbox comme lots destinés aux agents. Selon la source Solidaires, un mail interne annonçait « un concours interne organisé par le groupe RIALTO », dans lequel les coffrets Smartbox constituaient les récompenses. Dès la diffusion de cette information, les représentants syndicaux ont réagi vivement, estimant qu’un tel choix compromettait les principes de l’entreprise publique.

La critique s’est amplifiée lorsque la fédération SUD-Rail a directement interpellé la direction de la SNCF, avançant que Smartbox « a fait la fortune du milliardaire Pierre-Édouard Stérin », comme le souligne la lettre citée par Le Journal du Dimanche. Toujours selon SUD-Rail, ce partenariat était incompatible avec l’éthique attendue d’une entreprise financée par des fonds publics.

Par ailleurs, le poids politique du dossier s’est alourdi lorsque des figures de la gauche radicale ont pris part au débat. Le député Thomas Portes a notamment déclaré : « La SNCF n’a pas vocation à financer un milliardaire d’extrême droite, évadé fiscal, qui porte un projet de société réactionnaire et raciste », selon Le Journal du Dimanche. Ces propos ont accru la pression sur la direction, qui a dû gérer simultanément la contestation syndicale et la médiatisation croissante de l’affaire. En conséquence, la SNCF a dû revoir sa position pour préserver sa neutralité.

Finalement, la pression cumulée des syndicats et de certaines formations politiques a poussé la direction à envisager un retrait rapide des coffrets Smartbox du concours interne. Cette mesure, destinée à apaiser les inquiétudes, marque un tournant dans la gestion publique de l’image de la SNCF, qui cherche désormais à reconnaître les sensibilités politiques de ses agents.

La réponse de la SNCF sous contrainte syndicale et politique

Face à la controverse croissante, la direction de la SNCF a adopté une position prudente. Dans une lettre datée du 14 novembre 2025, le directeur TGV Inoui Atlantique, Franck Dubourdieu, a déclaré : « Concernant les Smartbox, nous acceptons de modifier le cadeau prévu. En effet, les Smartbox ne font pas partie des éléments stipulés dans le contrat-cadre actuel, et nous veillerons à ce que les futurs cadeaux soient en adéquation avec le cadre de notre entreprise », selon Valeurs Actuelles. Le retrait n’a donc pas été présenté comme un renoncement politique mais comme une remise en conformité avec les procédures standards.

De plus, le message envoyé révèle que la direction a préféré une solution rapide et pragmatique plutôt qu’un bras de fer prolongé avec les syndicats. La SNCF, dont les mobilisations internes sont fréquentes, a longtemps intégré la contrainte syndicale comme un paramètre central de son fonctionnement. Dans ce cas précis, l’enjeu n’était pas tant financier que symbolique : il s’agissait d’éviter que l’entreprise nationale ne soit accusée d’alimenter les revenus ou l’influence d’un acteur considéré comme politiquement clivant.

Pour autant, cette décision n’a pas totalement dissipé les tensions. Plusieurs représentants syndicaux ont interprété ce retrait comme la reconnaissance implicite que le choix initial était problématique. La fédération SUD-Rail a insisté dans une autre déclaration : « Nous refusons que les richesses produites par les cheminotes et cheminots financent ce milliardaire d’extrême droite », selon BourseInside. Cette ligne militante, très offensive, place la SNCF dans une position délicate, obligée de se défendre contre des accusations dépassant largement le cadre commercial.

Pourquoi la SNCF se retrouve piégée dans un débat idéologique

Au-delà de l’épisode des Smartbox, la controverse révèle une fragilité structurelle : la difficulté pour la SNCF de dissocier ses choix commerciaux de leur portée politique. Dès lors qu’une entreprise publique dépend des fonds de l’État, ses partenariats sont scrutés à l’aune d’enjeux idéologiques, surtout dans une période où la polarisation politique demeure forte.

Les syndicats, notamment SUD-Rail, s’appuient régulièrement sur ces terrains politiques pour mobiliser leurs bases. Leur lecture de la situation associe directement le choix de Smartbox à un soutien indirect à Pierre-Édouard Stérin, décrit dans la lettre syndicale comme « milliardaire libertarien et catholique intégriste ». Pour ses opposants, chaque euro dépensé pour ces coffrets équivaut à une caution idéologique, ce que la direction de la SNCF ne peut ignorer.

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